Manager c’est communiquer nous dit-on.

Vous avez un problème de management ? Quel qu’il soit, il faut communiquer !

Toujours plus et mieux.
LA « communication » est la baguette magique du monde moderne. Elle peut résoudre tous les problèmes, soulever les montagnes, faire disparaître les douleurs et, pourquoi pas, infléchir la course des comètes…
Elle est philtre d’adhésion, levier de motivation, souffle de vertu, méthode de vente  et onction miraculeuse pour tous les soucis d’autorité.
Votre client trouve qu’il est mal traité ? Communiquez !
Vos collaborateurs vous disent qu’ « il a peut-être un peu raison ? ». Il vous faut les convaincre du contraire. Nous sommes les meilleurs !
Fanfares et trompettes.
De toute façon, on ne peut pas modifier notre processus.
Il est parfait.
Puisqu’on vous le dit !
Avez-vous essayé de les persuader ? Ils ne sont pas convaincus ? Aïe, vous n’êtes pas un bon manager ! Vous nous décevez.
La réalité est celle qu’on vous dicte, le reste n’est qu’une question de points-de-vues.
Il suffit de les modifier… en communicant, évidemment.
D’ailleurs, moi, votre chef, comment suis-je arrivé là ?
En c…
Et j’espère bien monter plus haut…
Je communique, tu communiques, il communique, vous communiquez…
Il en restera bien quelque chose.
Non ?

Communicator et à travers

Ça, pour communiquer, il y en a qui communiquent !
Tellement, qu’ils ne font plus rien d’autre.
Ils communiquent à longueur de journée, excepté avec ceux qui les embêtent, collaborateurs, clients, fournisseurs, partenaires (ceux-là , ils s’en fichent plus que des autres), administrations…
Nomades cavalcadeurs, capables de causer au pas de course avec l’autre bout du monde, sédentaires vissés à leur bureau hâbleurs par médias numériques, réunionistes compulsifs, manageurs mangeurs – buveurs – copineurs, touristes colloqueurs philosophes…
Il existe ainsi des myriades de manageurs, ayant franchi les échelons où il fallait encore produire quelque chose par soi-même, n’ayant d’autre occupation que de paraître, se montrer, Dire , expliquer, ordonner, présenter, négocier, séduire…
Franchement, c’est assez facile : le premier imbécile venu peut le faire.
Ou du moins faire semblant.
Ce n’est pas son chef qui pourra s’en rendre compte. Quand ils sont ensemble, c’est le N+ qui occupe l’espace et la parole.
Il suffit d’être prudent en sa présence.
Face à tous les autres, ça roule.
La méthode ?
Ne plus penser, savoir
Ne plus réfléchir, trancher
Ne plus justifier sur le fond, lancer une formule sentence (ratissée dans les filandreuses circonvolutions des colloques complaisants).
Ne plus prouver, incriminer.
Ne plus lire les dossiers, s’en faire une idée d’un coup d’œil.
Prendre soin au préalable d’exiger des collaborateurs (pour tout et n’importe quoi) une « synthèse » tenant sur la page de garde.
C’est que nos grandissimes communicators, n’ont plus le temps !
De travailler.
Car ils communiquent à tour de bras. Perpétuellement  en entretiens, réunions, meeting  (c’est plus moderne), conférences, rencontres, exposés, repas d’affaires…
A faire du bruit avec la bouche, bailler (discrètement) devant des présentations assommantes, faire semblant d’écouter ou d’avoir des idées.
Pour la fonction « écoute », on pourrait les remplacer utilement par des micros-enregistreurs. Eux au moins en retiennent quelque chose et peuvent la restituer fidèlement).
Pour la fonction « émission », on pourrait leur substituer une séquence Youtube qui dit toujours la même chose, indépendamment des interlocuteurs. Avec elle au moins, l’auditeur-spectateur  peut revenir en arrière en évitant les digressions et le piètre humour de circonstance.
Mais, me direz-vous, « avec les machines, on ne peut pas discuter. Ni leur poser de questions ».
C’est vrai.
Avec les communicators non-plus ! Ils ressortent en toutes circonstances les mêmes certitudes indiscutables.
Puisqu’ils sont chefs !
Comme des disques rayés.
Excepté face à leur patron : là il leur faut s’équiper du lecteur-copieur  qui va bien et ne pas se tromper de disque au moment de resservir la chanson aux étages inférieurs.

Blablablabla… Blablablabla… Blablablabla…

Car dans les hautes sphères il y a de titanesques piles de communicators qui recommuniquent en cascade, en étoffant les messages de du grand maître.
Des hiérarchies tyranniques de blablateurs.
Extraordinairement et outrageusement rémunérés pour cela.
« Ne sont-ils pas là aussi pour prendre des décisions ? » me dira une voix bienveillante.
Pas tout à fait.
En réalité, ils ne font que décliner (pour la strate subalterne) les décisions les concernant, arrêtées par la couche supérieure. Elles-mêmes déclinées…
Pas besoin de penser pour autant.
Ni d’analyser, ni de prendre en compte aucune réalité, ni contrainte…
Sauf tacticienne.
Rester dans les clous. C’est tout.
Le seul problème est de… communiquer la sous-décision qui affecte nécessairement les godillots.
De manageur +++ en manageur++, pas de problème. Chacun à son niveau sait bien ce qu’il en est et pour cause.
Dans la soute, la transmission devient plus âpre. Mais bon, c’est le problème des « pas vraiment managers » qui devront s’y coller.
De toute façon, les cadres supérieurs sont inaccessibles aux rameurs.
Le « Dire » et le « Redire » dévalent la pente hiérarchique sans trop d’inconvénients pour les échelons intermédiaires des petits chanteurs à la noix croix de langues de bois juchés sur les épaules les uns des autres.

Robinetterie du message

Benoîtement, je croyais que communiquer signifiait singulièrement « échanger », comme les vases du même nom.
Un coup dans un sens, un coup dans l’autre.
Ça me plaisait bien.
Je croyais…
Lire la suite sur Manager Go.

les autres sous-titres :
Un fichier dans le disque mou
Règne des communicants
Illusionnistes illusionnés
Les dieux du cirque
Manageurs, il est temps de cesser de surcommuniquer et de se remettre à bosser !
Quid de vos capacités cognitives ?
Les manageures communiquent plutôt par les faits.
Car le problème reste : qui choisit-on pour manager ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ma dernière publication
A lire également
Coups de pied aux cultes du management
Newsletter
* Ce champs est obligatoire