Son obstination est désormais la meilleure chance de tous ses adversaires.

S’en prendre à la justice, une erreur fatale.
Son dernier égarement et probablement le plus grave, a été de s’en prendre vivement à la justice.  Il a ainsi détruit la stratégie déjà un peu bancale qu’il était parvenu à imposer à son camp lors de sa conférence de presse.
C’est d’abord une incohérence sur le fond car il avait dit, en réponse à un journaliste, être certain d’être totalement innocenté. Il aurait donc menti ? Ou sait-il déjà qu’il sera mis en examen ? Ou est-ce une idée d’avocats cherchant à prévenir tous les coups possibles ? En tous cas, son assertion était un des piliers de sa nouvelle posture. Il l’a mise à terre.
Et pourquoi remuer brutalement la vase quand son image est encore floue ? Quelle mouche l’a piqué de déclencher un sur-conflit virulent au milieu de la tourmente ? Il se plaignait du battage médiatique incessant et lui-même le relance, ouvrant ainsi un nouveau feuilleton tout en aigreur et en malaise autour de sa candidature.
Mais il y a pire. Ses avocats tiennent la vedette. Ce sont eux désormais qui parlent en son nom. Sa parole est couverte par la vindicte procédurière, occultant ses soutiens sur le plan politique. Les ténors de la droite, sidérés par sa conférence, pourtant si volubiles sur tous les plateaux d’habitude, restent  étrangement silencieux. Sa campagne politique nationale n’est plus démultipliée, elle est remplacée par une campagne judiciaire.

Pollution
Où croit’il aller en polluant ainsi sa propre candidature ? Les derniers sondages montrent que sa popularité se délite inexorablement. Les 4 Millions d’électeurs qui avaient voté pour lui lors de la primaire représentent moins de 10% du corps électoral. Pense-t-il sérieusement ainsi influencer favorablement une majorité des 39 Millions qui restent à gagner ?
Cette option tactique est plus que stupide, elle est délétère. Il est, soit extrêmement mal conseillé, ou pire, probablement dans la phase d’excitation incontrôlée de l’animal acculé qui bataille dans tous les sens, s’attaquant indistinctement aux ombres projetées d’ ennemis fantomatiques, aux meubles et aux lumières  de la pièce. Cette offensive procédurière renvoie les citoyens à d’autres histoires évoquant des coupables évidents qui, à défaut de prouver simplement leur innocence, s’en prennent aux institutions en exploitant toutes les ficelles possibles, inaccessibles au commun des mortels. Son équipe d’avocats pugnaces et habiles rappelle celles d’un Sarkozy finalement largement disqualifié. Malheureusement pour François Fillon, un nouvel Ubu est simultanément entré dans un conflit incongru avec son institution judiciaire de l’autre côté de l’Atlantique. Le ridicule ne tue pas mais il peut être contagieux. Certains Français démocrates pourraient être tentés par l’assimilation.

Château de cartes
Car sa position reste extrêmement contestable. Les raisons de sa fragilité sont dans sa conférence de presse elle-même. Il a eu quelques phrases apparemment anodines, ayant échappé aux analystes mais qui ont creusé le doute. A propos du seul élément évoqué concernant le « travail » de son épouse Il a dit par exemple qu’elle s’occupait « de son agenda et de ses rendez-vous AVEC sa secrétaire ». Tient !, on peut faire ça à deux ? C’est une galéjade ! Si Pénélope avait vraiment fait (seule) quelque chose là-dedans, c’eut été facile à préciser. Pourquoi est-il resté sur cette ellipse aussi révélatrice que catastrophique ? Il n’y a qu’une réponse plausible : toute trace étant absente, il n’y avait rien d’autre à dire sans mentir outrageusement. Autrement-dit, il a quasiment administré la preuve du contraire de sa « démonstration ». Il a eu aussi cette jolie formule, un brin perverse : « … en travaillant avec ma femme et mes enfants… » évidemment, rien là de condamnable ! Mais il aurait dû dire pour être honnête « … en employant ma femme et mes enfants, rémunérés grâce à des fonds publics ». Il a aussi totalement nié qu’il demanderait le moindre effort aux Français, promettant des lendemains de plein emploi et d’enchantement social. Il aussi parlé de « campagne de presse orchestrée ». Ah-bon, les journalistes obéissent en chœur à un même chef d’orchestre ? Il s’est aussi rangé du côté des “antisystèmes” : savoureux ! Il s’est posé en victime d’un complot. Argument éculé qui l’associe à d’autres cas toxiques ! Il a enfin proclamé qu’il était l’unique candidat de la rupture. C’est fou comme ça se vend bien ce truc là en ce moment mais le gâteau de la rupture sera difficile à partager : heureux celui qui aura la fève et la couronne! Cette accumulation hétéroclite d’habiles et roboratives tournures fut une erreur stratégique car elle a laissé une vague impression de tour de passe-passe assez commun. On ne savait pas où mais on se sentait un peu floué. Le temps aidant le sentiment s’est approfondi car aucun de ces écueils n’a été levé. D’un point de vue stratégique, le propos de cette conférence est un château de cartes. Que l’une se révèle être en toc, fausse, molle ou fendue et l’édifice s’écroule. Toute nouvelle révélation y apportant une contradiction peut l’effondrer définitivement.

Enrichissement personnel ?
Cela-dit, il n’avait guère d’alternative. Reconnaître un tant soit peu le moindre abus dans le rapport emploi/ travail eut été reconnaître une extorsion dans le rapport rémunération /travail réel. Et là, c’est plus grave que dans les cas de Chirac en son temps ou Lepen aujourd’hui, car ces deux- là ont été mis en cause pour des emplois fictifs aux profits de leurs partis. Le cas de Fillon est d’une autre nature : s’il y  a emploi fictif c’est à des fins d’enrichissement personnel ! Oups ! Monsieur La vertu aurait-il (un petit peu) tapé dans la caisse de l’Etat pour se remplir les poches ? Il n’y a que deux réponses possibles : absolument pas  ou « ben oui finalement » ! A quoi diable a donc servi ce presque million d’euros pour un peut-être semblant de travail ?
Partout ailleurs sur la planète (sauf dans les républiques bananières et les dictatures avérées) le doute l’emporterait, le mis en cause débarqué. Mais pas chez-nous. Solidement enraciné sur ses 4 Millions, Fillon a clairement fait savoir qu’il ne se retirerait jamais. C’est encore une ficelle tactique : ses soutiens, volontaires ou forcés, ne posent pas la question de savoir combien parmi ces mêmes électeurs l’auraient adoubés si cette affaire avait été révélée avant ! Il est presque certain qu’il se serait retrouvé au coude-à-coude de son ennemi préféré JF. Coppé. Le clan Fillon soupçonne une “officine” à l’origine de ces révélations et interroge le moment choisi. Tiens, oui, pourquoi avoir attendu l’après-primaire ? Si le coup était venu de Juppé ou Sarkozy, c’eut été plus malin de le faire avant. D’autant qu’il les avait taclés tous les deux. En même temps, il ne pouvait ignorer depuis des années que la chose lui pendait au nez. Il aurait pu s’y préparer mais il ne l’a pas fait ! Fillon, un doux rêveur ou un homme de caste supérieure, dominant, élitiste, abusif, tellement sûr de son impunité ?  Il l’a dit en conférence, ça se faisait. Son erreur ? ne pas avoir anticipé sur l’évolution des mentalités ; mais sur les faits : rien à regretter  !

Se maintenir pour mourir
Malheureusement pour LR et la droite, fort de sa percée inattendue et des échecs répétés des sondages, il ne cédera pas même devant des sondages désastreux. Sauf à descendre à des niveaux apocalyptiques, il se maintiendra. Il tenait le bon bout mais la chose lui échappe, comme à d’autres avant lui. Il ne peut s’y résoudre. C’est très ennuyeux pour son camp car cela provoque une expansion générale du corps électoral  à ses dépens. Par défaut, par dépit, par précaution, nombre d’électeurs de droite et du centre vont joindre leurs voix à celles des socialistes de droite sur la tête de Macron qui grignote les positions de Fillon. Macron, le dépassant, apparaît comme la seule alternative au « peuple de droite », ce qui accélère la bascule. Sachant que la droite dure ne votera pas pour lui, Macron a donc intérêt à son maintien. Pas sûr qu’il ferait aussi bien face à un candidat de droite consensuel et « tout frais » qui pourrait le dépasser en obtenant de 25 à 30 %.
De son côté, les sondages montrent qu’un Fillon discrédité serait, pour Lepen, un bien plus faible adversaire que Macron au second tour. Elle pourrait peut-être l’emporter. Elle a donc également intérêt à son maintien. Enfin, le maintien de Fillon est du pain béni pour la gauche si elle parvient à s’unir. Macron étant aspiré à droite, Hamon et les autres pourraient plus facilement le disqualifier aux yeux du « peuple de gauche » et Fillon ferait une cible aussi repoussante que Lepen. Unie, la gauche aurait une chance de devancer Macron et Fillon, ensuite, advienne que pourra…

L’épouvantail du plan B
Si au contraire, Fillon était sur la touche, Macron, Hamon et Lepen se retrouveraient compressés dans un espace plus restreint. Si elle veut gagner cette élection la droite devra se ressaisir et s’extirper de l’étouffoir où l’a plongée Fillon. Son objectif lors de sa conférence était de la verrouiller. Tactique gagnante et surprenante : ça a marché ! Il a réussi à tous les convaincre qu’il ne se démettrait jamais ! Ils l’ont cru et en ont tiré les conclusions : impossible de passer en force en sortant un autre candidat du chapeau ! Outre la menace de procès en trahison et division, deux candidats concurrents pour le même camp n’auraient, semble t-il, aucune chance et sombreraient ensemble dans les intentions de vote. C’est ce que voulait dire Fillon en arguant du chaos provoqué par un plan B (sachant que A resterait en lisse quoiqu’il en coûte), que lui seul pouvait porter la politique voulue par les participants à la primaire. Ah où est-il le bon temps  où l’un des deux concurrents de droite devançait systématiquement la seule gauche ? La droite a donc été sidérée, interdite, clouée au sol, condamnée comme un seul homme à emboîter le pas à son fier héraut en pleine déliquescence, sans pouvoir rien dire ni lui désigner un remplaçant. C’est la triste l’histoire des moutons de Panurge, d’un suicide collectif, d’une foule de gens cernant un homme armé sans qu’aucun ne se décide à risquer sa peau pour le mettre hors de combat.

Jouer perdant ou oser ?
La peur en l’occurrence induit un faux calcul. Dès l’instant où, à droite, un concurrent politiquement recevable (il n’en manque pas)  serait désigné ou autoproclamé, après quelques remous, tous se rangeraient derrière lui et, avec eux, l’ensemble de l’électorat de droite, enfin libéré d’une défaite annoncée. Fillon assène qu’il est  seul crédible pour mener la politique volontariste voulue par l’électorat de droite. C’est peu flatteur pour les autres : tous des mous incompétents ? Il est probable que le “peuple de droite” élargi préfère désormais une candidature et une politique de rassemblement. Aucun des leaders n’aura-t-il le courage de la révolte  et du bon sens ? En réalité, c’est l’existence d’une alternative qui fera s’effondrer Fillon et, avec lui, effacera la perspective d’un piège sans fond. Mais il ne faudrait pas tarder. On imagine certains barons de la droite se prendre à rêver de sa mise en examen qui résoudrait finalement bien des problèmes, en supposant qu’il tienne sa promesse. Ce n’est pas gagné vu la façon dont il conteste dorénavant  la justice qui lui est appliquée. Lors, on songe au scénario incroyable où il finirait par être cependant élu, malgré ses amis et la justice : quel joli quinquennat en perspective !

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