le machisme triomphant grossièrement « revisité ».

Sans sa Ministre des Armées, cette « équipe » serait une parfaite caricature de la pérennité des dominances machistes aux sommets des organisations. Une patronne des Armées, ça semble osé. Ça fait moderne. Dans ce gouvernement les femmes sont aussi nombreuses que les hommes mais en termes de pouvoir elles sont en position subalterne. Unique ministre « régalien » (officiellement), elle est bien isolée dans une armée de mâles à tous les postes clés, dont les Ministres d’Etat et les détenteurs des ministères à portée politique et électorale : président de la république, premier ministre, intérieur, affaires étrangères, budget, finances, économie, justice, super environnement, éducation, agriculture, porte-parole…

Si l’on se souvient que le Chef de l’Etat est le « Chef des Armées », cela pondère l’enthousiasme. La ministre des Armées apparait clairement, comme la plupart de ses consœurs, subordonnée à un homme, et pas n’importe lequel. On l’imagine mal prendre quelque décision importante sans l’aval d’un Roi omnipotent sur l’un de ses terrains de jeu privilégiés et hautement médiatiques. Elle est totalement sous contrôle. Seuls quatre ministères supposés de plein exercice sont dirigés par des femmes : la santé, le travail, la culture et les sports.

Plus de la moitié des femmes de ce gouvernement sont des sous-ministres dépendant d’un homme : enseignement supérieur, Europe, transports, handicap, outremer, et bien-entendu « Egalité des femmes et des hommes » qui ne saurait exister sans la tutelle du Grand Chef en personne ! Comme c’est drôle, aucun homme ne dépend d’une femme dans ce dispositif ! Les ministères attribués aux femmes correspondent  grosso-modo à la distribution habituelle des rôles réputés « féminins »(1) dans la pensée conservatrice. Pardon, ce n’est pas tout-à-fait vrai : cette fois, on les a déchargées de  l’Education, c’est sans doute finalement trop sérieux pour leur être confié.

Piètre fable.

Pour justifier le déclassement, sous la houlette du premier ministre, du  Secrétariat d’Etat « Egalité des femmes et des hommes », on nous raconte l’histoire lénifiante d’une Secrétaire d’Etat qui aurait demandé à être subordonnée au chef pour mieux peser sur les autres ministères. Seule, elle serait restée impuissante contre les conservatismes ! Ah bon ? En tant que Ministre à part entière elle n’aurait pu obtenir le soutien du Premier ministre ? Il faut qu’elle soit sous son aile ? Cette fable est à pleurer de honte tant elle mêle la mauvaise foi au paradoxe. Ben oui quoi, à ce poste exposé une faible femme a forcément besoin  de la protection du patron et de sa grosse voix pour discipliner les vilains hobereaux des autres territoires. On croit rêver ! Tous les poncifs de l’archaïque domination masculine(1) sont concentrés dans cette ridicule mascarade. Quel symbole ! Le chemin de cette fonction est tout tracé : retour vers le passé et ses certitudes imbéciles !

Tout en une !

Le Président et son Premier Ministre ont choisi à ce poste une personnalité présentant de multiples avantages correspondant aux promesses du candidat. Elle est à la fois issue de la société civile, relativement neuve  en politique, jeune et « moderne » par son statut de « blogueuse ». En une nomination, le Macronisme a marqué des points sur plusieurs tableaux de la rénovation des meurs politiques! Joli coup ! Pour quelle efficacité ? Il fallait bien concentrer le tir du rafraîchissement médiatique sur les fonctions accessoires : les principales étant, contrairement aux promesses, occupées par des caciques et déjà vieux routards de la politique même si certains sont encore jeunes.

Cette personne est très probablement pertinente, compétente et  engagée mais les conditions de sa réussite sont-elles réunies ? Le changement de nom imposé pour ce domaine n’a rien d’innocent. Il est au contraire signifiant d’un déni de la problématique réelle. La formule peut sembler à première vue  équitable et juste mais elle est ambigue. Elle recouvre  une révision, une manipulation sémantique et idéologique profonde de l’enjeu. Les « Droits des Femmes » ne sont plus le problème, ne sont plus en question ? Il s’agit de l’égalité entre les deux sexes, renvoyés dos-à-dos. C’est bien connu, les droits à l’égalité des hommes vis-à-vis des femmes sont autant menacés par l’hégémonie de celles-ci que l’inverse. Il conviendrait de les défendre avec la même ardeur, les pauvres ! Serait-ce une régression par rapport à la « condition féminine » initiée par Giscard, il y a 35 ans ?

Cette figure de style s’inscrit dans le nouvel « idéologiquement correct »(1) qui régit désormais les démarches de repositionnement des femmes dans la société. D’une part, l’égalitarisme quantitatif(1) est censé résoudre mécaniquement tous les problèmes de fond. D’autre part, le traitement symétrique des droits des deux sexes garantirait l’éthique dans la méthode. Dans mille ans nous y serons encore !

Les femmes (et les hommes) ne seraient victimes que de mauvaises habitudes, qu’il suffirait de combattre par la communication et les quotas. Les pratiques de dominances(1) ? Késaco ? Le monde des hommes suffisants(1) et de l’assujettissement des femmes est devenu celui des bisounours par un simple tour de passe-passe sémantique.

Stratégie sexiste 

Par curiosité, demandons des explications à la répartition des pouvoirs dans ce nouveau gouvernement. On nous répondra : balance politique, compétences, technicité, attachements, tactique, politique et stratégie. Il n’y aurait que des raisons individuelles  de nominer untel plutôt qu’unetelle.  L’étouffante surreprésentation et la domination des hommes ? Un pur hasard découlant de leur emprise sur les appareils. Ah bon ! Suis-je idiot ? Je croyais benoîtement que Mr Macron allait renverser la table, faire largement appel à la société civile (on la cherche parmi les ténors), se libérer des vieux carcans, oser des nominations inattendues… C’est tout le contraire.

En réalité, la construction sexiste extrêmement marquée du gouvernement relève bel et bien d’une démarche volontariste, démagogique, militante, motivée par les calculs politiciens avec la complicité de l’entre soi des seigneurs mâles aux commandes des appareils. Quand il s’agit du partage des pouvoirs, la marginalisation des femmes permet de faire la part belle aux copains, aux coquins et même aux ennemis. A Monsieur Le Drian, ex ultra cumulard, dorénavant dépossédé de sa monstrueuse double casquette, le Quai d’Orsay : une compensation pour services rendus ?

La parité(1) ? Une galéjade ! Au jeu d’Echec, il y a autant de pions que de pièces maîtresses, comme dans le premier et emblématique gouvernement Macron, il y a autant de femmes que d’hommes. A votre avis, les quelles va-t-il sacrifier à ses enjeux tacticiens ?

On nous promet que la révolution culturelle et la vraie parité seront dans les candidatures de la République en marche aux législatives. Aurais-je l’outrecuidance de supputer qu’il y aura bizarrement beaucoup moins d’élues que d’élus ? Aura-t-on préféré des femmes ou des hommes dans les circonscriptions les plus faciles à gagner ? Les jeux et les enjeux d’appareils masculins auront-ils le même poids au niveau local qu’au niveau national ? L’avenir nous le dira. Je crains qu’il n’y ait rien de neuf sous le nouveau soleil de la République si ce parti n’emporte pas le raz de marée qu’il espère.

La reine et les traditions

On me dira que le Roi a élégamment promu sa Reine à ses côtés, sur un petit trône-tabouret aux pieds du sien. Certains disent qu’elle y remplira un rôle éminent sinon d’éminence. En tous cas, si elle a essayé, elle n’a pas réussi à le convaincre de nommer plus de femmes aux postes importants. « Première Dame » (2) comme le répètent bêtement et complaisamment les mêmes médias qui titrent ingénument sur la fameuse « parité ».  Une grande presse bien-pensante, subjuguée, suit en bêlant la lumineuse procession du Macronisme rénovateur, quitte à adopter sans le moindre recul tous les vocables de la théocratie américaine. On nous promet copieusement que la « Première Dame » ne sera pas une potiche. Non !? Mais bon-sang, que fait-elle là ? Qui l’a élue ? N’a-t-elle rien d’autre à faire comme n’importe-quel autre conjoint d’élu ou d’élue ? Il ne manquerait plus qu’elle ait des pouvoirs ! Et, surtout, plus que les ministres simples « collaboratrices » d’une poignée de patrons-cadors.

La tradition machiste a la peau dure, surtout quand elle est soutenue, intimement voulue et instrumentée par le dirigeant le plus puissant du pays, à la fois capitaine héros du capital et commandeur des administrations et des politiques de la Nation. Quelle grande modernité de reproduire l’infrastructure de la famille à l’ancienne : le pater et ses frères aux commandes, la mère au foyer, les hommes aux opérations, les filles au ménage, au soin des petits et à la décoration.  Au plan sociétal, la conception et la composition de ce gouvernement sont foncièrement conservatrices. Sauf sur le choix des individus, elles iraient comme un gant à Monsieur Fillon, Mesdames Boutin ou  Le Pen si lui ou elles étaient au pouvoir.

L’homme Macron est physiquement jeune, son discours séduisant mais son idéologie de référence date d’avant le Déluge. Il surfe avec aisance sur les mots et les idées à la mode tout en épousant de facto, dans ses actes, les méandres de la pensée dominante la plus éculée. Sous ses airs de gendre idéal, il ne bousculera probablement guère les préjugés ni les pires archaïsmes contrôlant les mentalités. Il vient de nous en administrer une preuve sans équivoque.

Le statut réellement accordé aux femmes est l’indicateur le plus signifiant du « progressisme » dont se réclame à l’envi notre nouveau Président. Il est le premier ressort de toutes les libérations et des avancées du monde. La composition obsolète et disproportionnée en défaveur des femmes de ce premier gouvernement est un très mauvais présage pour l’avenir. Un message induit, à peine voilé, discrètement dévastateur.  La France « en marche » ? Peut-être. Mais sur ce sujet on nous entraîne plutôt à reculons en nous jetant de la poudre aux yeux.

Espérons qu’il n’en soit pas de même dans d’autres domaines tels que l’écologie, l’énergie, la fracture numérique, la fracture sociale, l’éducation, les libertés, les droits des minorités, la réforme des institutions, la « moralisation » de la vie publique, les pouvoirs exorbitants des lobbies, l’accaparement des pouvoirs par les « élites »…

Les autres Ministres, hommes et femmes, ont-ils conscience de cautionner la relégation des femmes à la marge de ce gouvernement (3)? Souhaitons à ceux qui sont sincères, s’il en est, de ne pas avoir à regretter ce « petit arrangement » avec les valeurs. Les leurs pourraient subir le même sort.

(1). Ces notions sont développées dans mon dernier ouvrage à paraître début Juin aux éditions Lignes de repères :
Le management par les femmes. Une autre culture de la réussite et de l’autorité.

(2). Voir à ce propos dans la même rubrique l’article : « Première Dame » : népotisme institutionnel ?

(3). A lire également un mémo édifiant sur la répartition des femmes te des hommes parmi les directeurs de cabinets. Olympe et le plafond de verre. 

 

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