La stratégie qui vous manque
Cohésion, performance et prospérité. Réussite professionnelle et personnelle.

Portrait d’un très brillant apparatchik toxique.

Cette histoire est une pure fiction. Toute ressemblance avec une personne réelle serait évidemment fortuite. Mais j’avais envie de vous la narrer, pour le « fun » comme disent les gamins.
Imaginez un grand groupe national, par exemple dans le secteur des services. Et plus spécialement une organisation se voulant humaniste, différente, non capitalistique par essence, porteuse de valeurs de respect, dans le genre collaborative, mutualiste, collaborative, associative, etc. ; du moins selon un affichage qui frise au prosélytisme. Déclinée en entités régionales, elle a une forte identification locale.
Imaginez encore que sa structure régionale commandite, à un grand opérateur spécifique de son secteur, une formation au « tutorat » pour l’ensemble de ses cadres. Dire que la démarche est intégriste serait abusif, mais elle se veut exhaustive. Il y a des financements à la clé et tout un dispositif dans le cadre d’une démarche managériale volontariste.

Soupe

Malheureusement, le contenu convenu de la formation est un standard plutôt médiocre qui ratisse extrêmement large dans les théories éculées et les poncifs administratifs, vide de véritable solution pédagogique, concentré dans une cinquantaine de « slides » roboratifs, à délivrer au lance-pierre en une journée.
Peu importe l’apport, il faut que ce soit fait et que tout le monde y passe. Nombreux sont ceux qui ont déjà eu des formations équivalentes, qui n’auront jamais de « tutorés », ou qui ne sont pas concernés par la population d’impétrants ciblée par le programme. La chose a été pondue, ou plutôt remâchée,  sans analyse des besoins, sans prise en compte des acquis, sans aucune adaptation aux situations des divers types de participants. Ça grogne dans les salles.
Une formatrice engagée pour l’exercice, expérimentée, compétente et créatrice de ressources pédagogiques avancées dans ce domaine, est contrainte de débiter la très pauvre litanie du PPT imposé, sans avoir pu en modifier un iota. Elle se débrouille comme elle peut en réduisant l’indigeste exposé et en intégrant des éléments goûteux de son cru.

Galère

Du côté des opérationnels (commerciaux du réseau, opérateurs du back-office, …) ça se passe assez bien. Les apports hors cadre, plutôt puissants, en management et en pédagogie, aident à faire passer la pilule.
Mais vient le tour du siège régional : là c’est une toute autre histoire. Car ce sont surtout des cadres fonctionnels des services centraux qui passent à la moulinette. Population hétéroclite aussi peu concernée qu’elle est intéressée, passive et parfois hautaine.
Une des sessions a lieu dans une atmosphère épaisse. Tout le monde se rend compte que la chose est totalement inadaptée, surtout pour ses contenus liés à la communication dont la plupart des participants est déjà saturée. A défaut de pouvoir s’en prendre ouvertement aux auteurs d’un stage incohérent, certains égratignent l’intervenante ; tout particulièrement un m’as-tu-vu-je-sais-tout et une grincheuse, dont les conduites sociales et managériales ordinaires sont très certainement à fuir.
Pour la session suivante rien ne change malgré le rapport de la formatrice à son donneur d’ordre, et bien qu’une personne ayant des responsabilités dans la formation ait été présente parmi les participants. Il est vrai qu’elle s’était abstenue de tout commentaire !

Arrogance

Il y a là surtout un cadre fonctionnel (on choisira au hasard, par exemple, la responsable du recrutement). Femme jeune, bien mise, brillante, pugnace, invasive, maîtrisant un français (presque) soutenu, dans le genre condescendant qui a taillé son chemin à la serpe depuis sa sortie des écoles de commerce. Elle s’impose, elle critique, elle toise, se mêle de tous les débats. Et surtout elle bavarde, distribue des épines, coupe la parole, ridiculise ceux qui jouent le jeu… quand elle est là. Car elle fait du tourisme pédagogique, va, vient, sort, disparaît et réapparaît à sa guise. Elle fait ainsi savoir outrageusement qu’elle est bien au-dessus de tout ça.
Qu’on ne m’accuse pas de misogynie, j’ai déjà produits des articles qui prouvent le contraire. Cependant, les animaux les plus cruels n’ont guère de sexe.
L’égo en bandoulière, le verbe haut et la pique facile, elle entreprend de casser l’animatrice. Il faut dire que celle-ci a eu l’outrecuidance de la recadrer alors qu’elle s’en prenait abusivement à la contribution d’un autre participant. Quelle erreur : son sort est celé !

Serpent à plumes

Enfin, peu de temps après, dans une autre session, il ne se présente qu’une poignée de participants. Face au blocage, à la mi-journée, la formatrice parvient à faire venir le responsable de la formation (dont on ne sait, pour la petite histoire, s’il est l’auteur initial de la commande). Il est convenu dans le calme d’arrêter les dégâts et d’écourter la journée : le programme est clairement inadéquat. L’animatrice n’est pas mise en cause.
C’est sans compter avec le désir de vengeance du serpent à plumes. Un peu plus tard, l’opérateur fait savoir à la formatrice qu’elle est débarquée pour les futures sessions. Le Délégué Régional en personne a téléphoné pour l’exiger. Explication : contournant la direction de la formation (qui ne peut probablement pas trop s’exposer dans cette affaire), notre vénérée responsable du recrutement a appelé le grand patron pour se plaindre amèrement et dresser un tableau apocalyptique de l’intervention, stigmatisant la culpabilité de la consultante. Ouste !

Paradoxe idéologique

L’animatrice s’en remettra nécessairement. En regard, il n’est pas certain que l’institution s’en remette sur le fond et sur la distance. Certaines personnalités sont toxiques. On les trouve un peu partout. Elles sont le plus souvent assoiffées de pouvoir et cachent subtilement leur cupidité derrière un visage lisse et un discours positif. Elles savent parfaitement faire entendre aux décideurs ce qu’ils ont envie d’entendre, afin de mieux les circonscrire.
Ces nouveaux personnages, formatés, élitistes, ultra modernes en apparence, savent donner l’impression qu’ils sont efficaces. Mais dès leur première prise de fonction ils ne sont préoccupés que de faire reluire leur égo et satisfaire leurs intérêts particuliers. Généralement, ils accèdent à des responsabilités fonctionnelles supérieures, sans avoir jamais connu l’opérationnel.
Petits ou grands bourgeois, issus de cursus scolaires plus ou moins prestigieux, rapidement passés par quelques stages, n’étant que très rarement passés par l’école de la vie, ni par celle du travail (le vrai), ils ont gravi l’échelle hiérarchique sans encombre, dans la méconnaissance la plus totale des réalités humaines, industrielles et sociales.

Requin recruté recruteur 

Notre bureaucrate rapace et intrigante avisée deviendra probablement DRH régionale, puis peut-être nationale, ou membre d’un  COMEX, en sévissant dans divers postes suivant le jeu des chaises musicales, mais toujours à des fonctions régaliennes qu’elle saura rendre improductives en les détournant à son seul profit.
Pourtant il existe aussi des responsables de fonctions supports vraiment compétents, passionnés, désintéressés, professionnels, impliqués, soucieux de leur impact sur les gens et la pérennité de leur entité. Ceux-là se forment, se mettent en question. Ils devraient tous être ainsi. Sont-ils donc si difficiles à identifier pour qu’on leur préfère parfois les carnassiers ?
Qui (et comment) a recruté la responsable du recrutement ? Lui-même apparatchik certes, mais sorti d’où ? Sur quels critères ? Comment n’a-t-il pas vu l’arrogance et l’antihumanisme de cet égo tacticien, technocratique-militant ?
En l’occurrence, on peut se demander selon quels critères un requin, recruté-recruteur, pourra déterminer à long terme la sélection des personnels au service d’une organisation se targuant de prétentions sociales et/ou sociétales !

Naissain

Les apparatchiks en herbe, produits par le naissain du système de reproduction de la fine fleur du libéralisme, forment une espèce invasive qui colonise sans entrave jusqu’aux milieux les plus éloignés (par leurs postures idéologiques) de leur filiation.
Les gouvernances de tout poil, des organisations marchandes ou pas, sont séduites par la promesse « commerciale » de diplômes alléchants. Soit. Mais qu’on arrête de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Certaines dérives de casting sont révélatrices des philosophies et des politiques réelles.
De tous temps, les qualifications des coteries académiques réputées ont prévalu aux nominations au plus haut niveau des services de l’Etat, comme à celles des plus grands groupes financiers et industriels. Les mêmes individus  passent et repassent d’ailleurs des uns aux autres.

Nouveau paradigme

Désormais, tout le monde s’y met, jusqu’au secteur dit « protégé », aux associations, aux établissements institutionnels de toute sorte, aux partis politiques de tous bords.
Comme s’il ne pouvait plus y avoir de dirigeant valable, sorti du rang, issu du monde du travail, de la « société civile », comme on dit. Pour bien manager, il faudrait des loups (jeunes de préférence), aux dents très acérées, ambitieux, un tantinet dominateurs, sur-numérisés, lookés. Avec eux, on croit pouvoir gagner, mais ce sont eux qui gagnent, aux dépends du système, des tiers, des clients, des assujettis, de leurs collègues et concurrents, de  tout ce qui bouge et qui peut être consommable.
Les grands recruteurs se trompent de paradigme, aveuglés par les paillettes d’un savoir d’artifices, ils abandonnent le terrain des valeurs et ignorent le registre du comportement observable.
La communication est devenue la nouvelle baguette magique qui pourvoit à tous les besoins, suppléant à tous les déficits, compensant toutes les incuries. Avec elle, toutes les tricheries, tous les évitements, et toutes les inepties sont permises. Les organisations s’achètent des communicants diplômés et les placent aux commandes. Ceux-ci finissent par dévorer leur hôte de l’intérieur.

 

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