La stratégie qui vous manque
Cohésion, performance et prospérité. Réussite professionnelle et personnelle.

Le tabou devait être brisé ! Tout le monde tourne autour du pot, y compris les journalistes. Notre école est malade et on regarde partout pour en trouver la cause ainsi que le remède, dans les rythmes, les programmes, les moyens, les méthodes, l’évaluation, etc. Mais personne n’ose mettre le doigt sur la raison essentielle de cette Bérézina : les pratiques pédagogiques et sociales du corps enseignant sont globalement désastreuses. On le prend avec des pincettes, on le contourne, on louvoie, on ne peut plus du tout le mettre en cause. Au fil des ans il est devenu intouchable.

50 ans après, les mêmes.

Ça ne date pas d’hier. J’avais 15 ans en 1964. A l’époque, sur une vingtaine de profs dans mon bahut, il en avait un super, deux bons, deux très corrects, et le reste allait du cossard au fondu, en passant par le maniaco-dépressif, le dominant agressif un brin sadique, l’alcoolique notoire, le facho malade du pouvoir, les médiocres qui faisaient là du tourisme statutaire rémunérateur à défaut d’autre chose, le pseudo expert ou la foldingue surexcitée, etc.
Aujourd’hui, j’ai deux gamins qui ont 14 et 16 ans et qui ne s’en tirent pas trop mal. Me croirez-vous si je vous dis qu’un demi-siècle plus tard, ils subissent, d’une année à l’autre, (trait-pour-trait)  le même bestiaire : de trop rares pédagogues, des techniciens laborieux, des très moyens diversement égocentriques, et une queue de comète de planqués, de mauvais, voire parfois d’imbéciles, de pauvres –types, de méchants ou d’incompétents ?
Si, deux choses ont changé ! Les sévices corporels ont quasiment disparu ; cela-dit, les sévices psychologiques n’ont pas régressé.
Et internet est arrivé. Avec quinze ans de retard, les profs s’y sont vaguement habitués. Les plus paresseux, qui de mon temps dupliquaient les mêmes polys pendant des décennies, ont découvert qu’ils pouvaient en faire encore moins. Leur grand truc est désormais de donner un devoir sous la forme de questions hors cours : aux élèves d’aller chercher les réponses sur le web. Eux-mêmes y trouvent d’ailleurs des cours et leurs supports tout faits.

Mais pour le reste, c’est-à-dire les conduites éducatives, les relations avec les élèves, la pédagogie employée, l’aide aux plus faibles, la pertinence de l’évaluation, rien n’a évolué.

Depuis, Piaget, Freinet, De La Garanderie, Wallon, des centaines de chercheurs en pédagogie ont développé de véritables trésors  qui sont restés sans effet sur la grande masse des pratiques. C’est encore un modèle éducatif post-victorien qui l’emporte.
Un exemple : à votre avis combien d’enseignants ont-ils lu l’excellent ouvrage de Jean-Louis Auduc « Sauvons les garçons » ? Lisez pour en connaître l’importance, puis testez parmi vos connaissances dans le milieu (les instits et les profs de vos enfants par exemple), vous serez surpris. C’est pourtant un des leurs et pas n’importe lequel, dont l’ouvrage est tout en puissance, en intelligence et en élégance.

Savoir factice

Une grande partie des enseignants débite stupidement, pas-à-pas, le contenu du sacro-saint programme, en se contentant de disqualifier les élèves qui ont du mal à suivre leur robotique logorrhée.
Ainsi la majorité des profs d’Anglais (toujours et encore de très faible niveau) annone une version théorico-roborative d’une langue émiettée que les élèves pourraient croire morte tant elle est à mille lieues de l’usage qu’ils en ont au quotidien. Souffrant de la même incurie, l’histoire, la géographie, la musique, les arts et désormais la techno, sont encore enseignés comme en 1960 (par des profs formés avant la dernière guerre) : déconnectés du réel, du vécu des enfants, rabâchés, examinés sous un angle faussement scientiste et véritablement artificiel.
Pour la pauvre techno, ce serait à mourir de rire si ce n’était pas carrément délétère ! Dans la vraie vie nos gamins jouent à longueur de journée avec le numérique, les écrans, l’électronique, les réseaux. On pourrait croire que leurs profs useraient de cette formidable matière pour leur permettre d’y exceller. Que nenni ! Les élèves s’em… copieusement dans des cours surannés. Pourtant, la maîtrise de cet univers sera déterminante dans leurs devenirs sociaux et professionnels.
Que dire d’un devoir de SVT, dont les consignes sont incompréhensibles, au point que les parents (dont deux ont des licences dans des matières scientifiques) s’appellent au téléphone pour tenter sans succès de les interpréter ?

Finalement les gamins seront saqués : il eut fallu parler le néo-charabouillou professoral pervers pour parvenir y échapper.

Même le Français est touché par cette odieuse manie de la sur-théorisation. Dès leur plus jeune âge, on gave nos enfants d’une foultitude de concepts linguistiques, sémantiques, sémiologiques, syntaxiques, etc. Comme s’il était impossible de parler et d’écrire correctement ou de communiquer efficacement sans procéder à une analyse théorique de son propre texte ! Comme s’il nous faillait décider d’actionner précisément, séparément et conjointement chacun de nos mille muscles sous la ceinture pour parvenir à marcher ou courir ! Nos très savants concepteurs des nouveaux cours de Français, n’en n’ayant pas assez, ont inventé de nouvelles notions à plaquer sur les pratiques spontanées de la langue.
Résultat : les plus faibles sont complètement largués ; les plus forts sont dégoûtés. Il ne s’agit même plus du  « français soutenu » auquel nous avions déjà du mal à accéder, mais que nous pouvions au moins lire dans les auteurs de référence, c’est une sorte de doctrine emphatique d’un français de laboratoire… qui ne sera utile qu’au dix-millième des élèves qui deviendront chercheurs. Pas sûr que tous les écrivains de talent réussiraient spontanément les éprouvants exercices dont sont saturés nos enfants.
C’est sûr, j’échouerais au brevet en français si je devais le repasser aujourd’hui. Je suis très probablement une bête inculte et outrageusement prétentieuse puisque je me permets de commettre des essais, construire des supports de formation, rédiger des rapports d’audit, pondre des articles et bien d’autres écrits, sans être capable d’esquisser la moindre réponse aux exercices soumis à mon garçon entre la 4è et la 3è.
On lui demande, à n’en plus finir, d’identifier dans un texte, ou de construire un texte en utilisant (à bon escient)  ces choses indispensables : « un article partitif, un défini contracté, une paronymie, une polysémie, une valeur modale du futur catégorique ou du futur de supposition, une subordonnée interrogative indirecte (totale ou partielle), des connecteurs spaciaux, argumentatifs, temporels, un groupe nominal complément circonstanciel de concession … » Oserai-je poursuivre la rédaction de cet article ? Et vous ?
Pour la petite histoire, le correcteur automatique de Word souligne ici en rouge deux mots qu’il ne reconnaît pas. Au bûcher le méchant logiciel ignare qui n’aurait pas non plus son brevet !

De l’autre côté du bureau

Il est vrai que ceux qui sont en charge de nous enseigner notre langue, ne sont pas (sauf exception rarissime) des auteurs et encore moins des écrivains. S’ils l’étaient, ils écriraient.
Qui sont-ils, d’où viennent-ils ?  Ils sortent tout simplement de l’autre côté du miroir !
Ceux-là, comme les autres enseignants, n’ont jamais quitté l’école. Ils sont passés du statut d’élève à celui d’instit ou de prof en contournant le bureau qui les sépare. Ils n’ont jamais vécu d’autre relation professionnelle et sociale, y compris quand ils animent des associations. Ils n’ont d’autre modèle de référence qu’une relation d’autorité fondée sur le statut, la dominance et l’infantilisation des sujets soumis à une obédience obligatoire. C’est ainsi que le modèle antédiluvien se reproduit de génération en génération.

Ces élèves, devenus enseignants, n’ont rien besoin de savoir faire concrètement pour « instruire » les suivants. Ils savent ce qu’on leur a appris, hors de toute réalité tangible et le restituent à leur tour.

Comme l’énonce si bien le dicton : celui qui sait faire fait ; celui qui ne sait et/ou ne peut pas faire enseigne aux autres.
Les enseignants (sauf exception rarissime) sont bien loin d’être les meilleurs dans leurs disciplines respectives hors de l’enseignement, dans l’activité sociale et professionnelle. Ils étaient souvent ceux qui réussissaient en classe en bûchant, les mieux adaptés au système, les « bons élèves » identifiés comme tels par les profs, c’est-à-dire ceux qui grattaient  et obéissaient en silence, respectant scrupuleusement les règles et la morale spécifique du milieu. Normal qu’ils s’y soient sentis suffisamment bien pour y prospérer enfin devenus adultes !

Pas étonnant non-plus que les paradigmes régissant l’univers de l’école d’arrière-grand-papa, leur semblent relever de l’évidence, presque de la nature ! Et donc qu’ils en assurent la pérennité sans l’ombre d’un doute.

Comment un poisson né et devenu mature dans un bocal, pourrait-il concevoir que d’autres vivent, tout autrement, dans une mer sans limites ? Nourris aux frais de la princesse, ils n’ont de la vraie vie qu’une représentation de consommateurs… et accessoirement de donneurs de leçons. L’écart se creuse entre le corps enseignant et le pays réel.
Pire, une nouvelle catégorie d’impétrants accède au job : les volontaires par défaut, recrutés lors des nouvelles campagnes d’embauche, étudiants sans avenir, autrement promis au chômage, sans aucune motivation pour le métier.

La belle élite !

Cependant les plus  négligents se prennent pour l’élite éducative et pédagogique de la nation. Rien que ça ! Ils ne cessent de nous seriner qu’ils forment la jeunesse, qu’ils sont le dernier rempart contre la dégradation des mœurs, face au laxisme des parents et aux dérives sociétales, qu’ils poussent les élèves vers des enseignements fondamentaux qui assureront leur avenir, etc.
On les entend aussi beaucoup geindre contre les incivilités. A les entendre, jusque dans les campagnes les plus éloignées des affreuses cités, les comportements des jeunes sont devenus ingérables. La moindre incartade déclenche des réactions autoritaristes outrancières et des envolées de criailleries indignées. Nos enseignants seraient partout les victimes de très vilains élèves. Les pauvres !
Ce qu’ils ne nous disent pas, c’est leur curieuse absence d’intervention dans les conflits entre les élèves, comment ils s’en lavent les mains, comment ils sanctionnent automatiquement celui qui est le plus visible (la victime réelle des abus qui a osé réagir), comment ils évitent de confronter les agresseurs bien connus, comment ils mentent aux parents sur ce qui se passe vraiment dans les classes et les cours.

Boîte noire.

Car ils tiennent les parents à bonne distance. Leur enseignement est un tabou. Il est interdit de s’en mêler ! Chacun d’entre eux étant un pédagogue avéré, il est hors de question d’interférer en aucune manière dans la boîte noire de leur classe.
Aussi, chacun y fait sa cuisine très « particulière », sans garde-fou, sans autre cadre que le fameux programme. Même le chef d’établissement n’y a pas vraiment droit de regard. Excepté en cas d’excès énorme, il n’est pas habilité à intervenir dans les méthodes des professeurs.
Autrement-dit il n’existe aucune évaluation réelle et encore moins de discipline des pratiques pédagogiques de fait. Les enseignants conduisent leurs cours selon leurs appétences, leurs préférences, leurs convictions, leurs inclinations idéologiques, morales et suivant leurs humeurs, déterminées par les variations d’état de leurs problématiques psychologiques individuelles (dont ils ne manquent pas).
C’est dire ce qui peut en advenir : n’importe quoi, pourvu qu’ils respectent le cadre administratif ! Et ça arrive évidemment. Pour les élèves et leurs parents la constitution annuelle des « équipes pédagogiques » est donc une atterrante loterie où le pire et le meilleur se côtoient. Gare aux élèves en difficulté : ils y sont les plus sensibles.
C’est bien connu dans tous les lycées et collèges, il y a des profs qu’il convient d’éviter à tout prix tant ils sont toxiques, autant sur les résultats que sur l’implication et la motivation des élèves. La preuve en est que certains profs eux-mêmes se débrouillent au moment de la composition des classes pour que leur propre progéniture n’échouent pas avec tel ou telle.

A défaut d’être maîtres dans leur art, les profs sont les petits maîtres de leur petit royaume, y déployant à l’envi leurs conduites régaliennes, velléitaires, versatiles, parfois tyranniques.

Le silence des agneaux.

Surtout, il ne faut pas les déranger. Un martien fraîchement débarqué sur terre, béotien en la matière, pourrait croire que le cours est fait pour les élèves. C’est une erreur, il est fait par et pour le prof. C’est SON cours, pas le leur ! Eux n’ont rien à y faire sauf à écouter religieusement et noter sans en perdre une miette, sur un rythme stakhanoviste. Leur note dépendra de leurs notes.

Car voyez-vous l’enseignement, en France, est sanctionné par la RESTITUTION fidèle de l’exposé par les élèves ! Pour le reste il leur est défendu de bouger un cil.
Il faut donc que les élèves se taisent, c’est l’obsession des professeurs. La pire infraction que puisse commettre un ado c’est le « bavardage » ! Horreur : il cause avec ses voisins. C’est logique, comment les autres élèves pourraient-ils entendre l’intégralité de l’inextinguible présentation si l’un d’eux fait le moindre bruit ? Car le blablabla didactique ne s’arrête jamais. Nos piètres enseignants sont des conférenciers ou plutôt des répétiteurs. Ainsi la pédagogie de masse d’une Ecole dont le PISA nous dit qu’elle a échoué est bel et bien fondée sur l’interdit de la parole des apprenants ! On croit rêver !
Autrement-dit, en cours, il y a extrêmement peu de mise en activité, pas d’essai,  pas de mise en œuvre du partage des apprentissages, pas de coopération. Il n’y a donc aucun moyen pour l’enseignant de mesurer en direct l’impact de sa pédagogie, ni d’évaluer le processus d’acquisition pour ses élèves. C’est gravissime ! C’est catastrophique !
Dans mes formations de formateurs pour les entreprises, je bataille depuis un quart de siècle pour leur faire comprendre que la pratique d’ « émission » est la plus médiocre et la plus inefficace de toutes les pratiques pédagogiques. Elle consiste à faire des exposés sans même prendre d’accusé de réception auprès d’apprenants réduits à être des « auditeurs » passifs. Ma typologie des pratiques pédagogiques fera l’objet d’un de mes prochains articles.

Dans ce type d’enseignement, on pourrait avantageusement remplacer l’enseignant par une vidéo. On peut arrêter cette dernière quand on veut, revenir en arrière, la consulter à son rythme, toutes choses impossibles avec un prof obtus et sentencieux qui déballe son cours. 

Lui poser une question ne sert qu’à être repéré comme un idiot ou un perturbateur ; de toute façon la réponse n’est pas différente du contenu de l’exposé. Alors, la vidéo…

Echec programmé.

A ce petit jeu, ceux qui ont du mal à « suivre » (le mot est malheureusement juste) sont condamnés. Ils en ratent des paquets ! Forcément ils décrochent, pendant le cours, comme de l’ensemble de la progression théorique.
Les élèves  « brillants » parviennent tout juste à ne pas décrocher, tout en produisant une masse de travail significative. Restant au top, ceux-là ont moins besoin de bosser (et moins longtemps) pour des résultats bien meilleurs. Leur motivation en est renforcée, et pour eux, la difficulté à se mettre au travail est nettement moindre, sachant qu’ils vont très bien s’en tirer.
Pour les autres c’est la galère ! Dans ces conditions, dès qu’ils ratent un truc ils restent plantés et le gouffre s’approfondit. Et avec lui la motivation s’effondre, quoiqu’ils tentent de surnager. Car le train infernal ne s’arrête jamais pour les récupérer  et le phénomène s’amplifie en se démultipliant dans d’autres matières simultanément.

Le moindre devoir leur demande un effort colossal : ne plus savoir par quel bout prendre la chose, ni comment s’en sortir, ni trouver la solution à un truc qui les dépasse, y passer des heures carrées pour finalement ramasser des bides.

Leur énergie psychique est épuisée avant même d’avoir commencé. Dans leur cas, oser parler de mauvaise volonté ou de paresse est une cruelle ineptie, voire une bêtise sadique.
Il est normal qu’ils se réfugient dans l’évitement. Comme le feraient sûrement leurs très exigeants professeurs si eux-mêmes étaient confrontés à une matière qu’ils ne maîtrisent pas et pour laquelle ils seraient inlassablement challengés sur des résultats inatteignables.
Il en est quelques-uns que j’aurais bien envie de mettre au départ d’une poignée d’épreuves de décathlon tous les matins, sans prendre en compte leur état physique et moral ; avec pour sanction de diminuer leur salaire quotidien au prorata de l’écart entre leurs performances et le record du monde. Et, j’oubliais, en leur imposant des entraînements de plusieurs heures tous les soirs.
Mes enfants se lèvent à 5h50 tous les matins pour prendre un transport scolaire qui les ramène à la maison à 18h10. Que croyez-vous qu’ils doivent faire en arrivant ? Des devoirs ! Ou plus exactement compenser ce qu’on ne leur a pas fait faire sur une  durée de 12 heures ! C’est un scandale, social, humain, pédagogique !
Pour qu’ils aient une dose de sommeil tout juste suffisante il convient qu’ils soient couchés vers 21h30. Moins le dîner, que leur reste-t-il comme temps de vie ? C’est dire à quel point il est facile de partir en vrille pour ceux qui ont du mal, pour lesquels les fameux devoirs sont des pensums abominables, dont les parents ne maîtrisent pas l’heure du coucher.
J’entends d’ici les YAKA trop faciles de ces fonctionnaires ultra protégés, eux-mêmes spécialistes de l’école et des devoirs, dont la famille est organisée autour du rythme scolaire, disposant d’un temps considérable et de tous les repères pour soutenir leurs enfants ! Incapables, et pour cause, de comprendre les réalités des situations sociales des moins favorisés et leurs impacts irréductibles sur la scolarité des élèves concernés.
Que dire encore des « réunions de parents » conduites en langue de bois, où ceux-ci n’ont guère la parole mais doivent subir la répétition insistante des remontrances contre leur enfant, accusé pêle-mêle de dissipation, de paresse et sous-entendu (parfois un brin ricanant) d’idiotisme. On s’étonne qu’ils n’y viennent plus.

C’est le mélange d’incompétence et d’intégrisme didacticien de ces « sachants » étriqués, aussi ridicules qu’intransigeants, qui fabrique de l’échec et qui creuse les inégalités sociales.

En réalité, c’est en dehors de l’école que nos enfants apprennent. J’ose même dire qu’ils apprennent souvent malgré l’école.

Les enfants qui ne profitent pas d’un univers riche, cultivé, mobile, structuré, où la communication affective et sociale est pleine, n’ont aucune ressource pour compenser les profonds déficits éducatifs, techniques et cognitifs de l’école. Celle-ci, dominée par les manutentionnaires du savoir en kit, continue à tuer les capacités d’analyse, le sens critique, les conduites de coopération,  en un mot l’intelligence.
Aux heures de présence, ils assomment les élèves de discours aux contenus affligeants. C’est donc ailleurs qu’il leur faut trouver de quoi s’exercer, se confronter au réel, faire des expériences et les interpréter, s’approprier des praxies utiles, assembler les acquis dans des stratégies et des comportements efficaces. Sont donc favorisés ceux qui peuvent voyager, dont les parents ont un niveau de langage élevé, des activités culturelles et créatives, des relations sociales touffues, des champs professionnels composites, etc.

Inepte cloisonnement

L’apport scolaire dans le développement des compétences des jeunes est d’autant plus pauvre qu’il est très stupidement découpé en « matières » sans rapport avec  le savoir social et professionnel du monde réel.  A la décharge des médiocres exécutants de la diffusion de savoirs stéréotypés de l’enseignement général, ils sont malheureusement isolés dans des matières qui ne correspondent (sauf les langues et les arts) à aucune pratique sociale.
Chaque spécialiste débite dans son domaine des stères de données sans que celles-ci soient intégrées, avec d’autres, dans des pratiques de la vie. Il faut attendre l’entrée dans des filières de métiers pour trouver enfin une correspondance partielle entre la composition de l’enseignement et la nature d’activités existantes. C’est vrai dans l’apprentissage comme dans les écoles de commerce. Ça ne veut pas dire pour autant que le contenu y soit plus proche du réel, ni que la pédagogie déployée soit moins expositive et rébarbative.

Les enseignants, identifiés à leur matière, défendent leur pré carré, se raccrochent à leur mini-expertise. Professionnellement ils sont leur matière. Elle est leur gagne-pain, leur raison sociale, leur graal terminal, leur passé et leur avenir.
Pour beaucoup d’entre eux, peu importe ce qui se passe à côté, peu importe ce que peuvent vraiment en faire les élèves, ni à quoi cela leur servira, ou dans quoi ils en inséreront les rares éléments retenus. L’important est de pouvoir dire qu’on a « fait » le programme et de préserver autant que possible ses petits privilèges. Un indice est signifiant de ce phénomène : il n’existe aucune planification ni priorisation de la charge des devoirs entre les matières pour les élèves d’une même classe !

Le cloisonnement des matières renforce les mauvaises pratiques et les mauvais profs renforcent le cloisonnement.

Rengaine des moyens

Dans la même veine, il est de coutume de mesurer la performance scolaire matière par matière. Outre que ça renforce encore la structure même du système d’enseignement sans la remettre en cause, ça ne sert pas à grand-chose.
En tout cas, ça ne permet pas de mener une analyse des causes. Quand bien même, les résultats d’une matière dans une classe, ou d’un prof vis-à-vis des autres, sont nettement anormaux, ça ne provoque pas de réaction. Le prof concerné, considère, contre toute évidence, que le groupe-classe est mauvais, que c’est de la faute de leaders négatifs qui lui en veulent personnellement, que sa matière est dévalorisée, etc.
La remise en question de ses pratiques d’enseignement est absolument inconcevable. C’est forcément la faute à autre chose : les enfants, les parents, le système, le programme, les horaires, etc. Et là survient l’argument majeur, le sempiternel prétexte à toutes les incuries : trop d’enfants dans les classes !

C’est une pure malversation ! Quand on observe scrupuleusement les fonctionnements répétitifs des mauvais profs que je dénonce ici, il apparaît qu’ils font toujours la même chose, avec les mêmes résultats, qu’ils en aient 30 ou bien 17 !

D’ailleurs les profs excellents s’en tirent parfaitement, sans état d’âme, avec des grosses classes, savent les faire vivre et exploiter les conduites de partage entre les élèves.
L’argument selon lequel il ne faudrait qu’un petit nombre pour parvenir à individualiser l’accompagnement pour ceux qui rament est une entourloupe. Les profs qui le manient sont justement ceux qui sont responsables des échecs des élèves en difficultés, ceux qui les cassent systématiquement, qui les brocardent, qui les accusent, qui les dévalorisent ou tout simplement qui les abandonnent à la traîne d’une machine à broyer.
Dans les débats actuels sur les réformes envisagées, cet argument du nombre revient en force en s’adossant sur un autre prétexte : la difficulté à gérer les groupes hétérogènes. Pour le coup, c’est à pleurer de honte.
Il n’existe pas de groupe homogène ! La pédagogie des groupes est nécessairement une pédagogie des groupes hétérogènes. Il existe pour cela des techniques spécifiques parfaitement efficaces. Elles sont aux antipodes des prétendues méthodes de différenciation ou d’individualisation (par le prof) dont on nous rebat les oreilles. Elles sont volontairement (je l’espère) ignorées car elles exigent des mises en œuvre pédagogiques centrées sur la mise en activité des élèves, une forte interaction dans le groupe, la désacralisation de la technique et un système d’évaluation totalement décalé.

Mais pour atteindre la réussite en l’occurrence, il faudrait apprendre, créer, construire, coopérer, en un mot bosser ! (Je parle des profs évidemment).

A contrario, les fumistes institutionnels pleurnichent à l’infini sur un soi-disant manque de moyen, de temps… et de rémunération. Si une caste est privilégiée, c’est bien celle-là. Quatre mois de vacances par an, une semaine à mi-temps (en réalité), un droit d’absence total au moindre bobo, ou pour garder son enfant malade (merci pour les autres parents dont les employeurs sont plus réticents), la capacité à se mettre en grève sans prévenir jusqu’à la dernière minute, que leur faut-il de plus ?
Holà !, nous disent-ils, il faut du temps pour les préparations et les corrections. Foutaise ! Ce n’est vrai que pour la minorité qui travaille vraiment, qui renouvelle ses supports, qui approfondit la valorisation et la progression du travail individuel de chaque élève. Mais ce sont tous les autres qui en tirent argument, abusivement.

Les corrections et les préparations sont aux enseignants ce que les durées de consultation sont aux médecins, entre 7 minutes ou 45 selon leur conscience professionnelle.

Une figure ultra paradoxale.

On revient ainsi à la clé du problème : la situation ne pourra pas s’améliorer tant que les pratiques pédagogiques des enseignants ne seront pas disciplinées.

  • Ces gens-là sont chargés de discipline mais n’en ont aucune pour eux-mêmes et n’en subissent aucune (autre qu’administrative).
  • Leur métier est d’enseigner mais ils ne sont pas formés à la pratique de leur métier (leur savoir livresque dans une matière y pourvoit). Certains sont réticents à leur formation : ça prend du temps!
  • Ils passent beaucoup de temps à évaluer mais ne sont jamais véritablement évalués (et ne sont pas formés aux pratiques d’évaluation) ; je ferai un prochain article sur ce sujet.
  • Par essence, ils gèrent de grands groupes au quotidien mais ne travaillent absolument pas ou très peu en équipe (quoiqu’ils revendiquent du temps rémunéré pour des prétendus travaux collectifs).

Par contre, leur situation montre une réelle cohérence entre leur situation et son objet sur deux points :

  • Ils ne sont tenus à aucune pratique de référence, ça tombe bien car la pratique des élèves n’est ni le moyen ni le but de leur enseignement.
  • De la même façon que tous les enfants ont accès à l’école, ils ne subissent aucun critère de sélection à l’entrée, outre leur savoir très théorique et parcellaire.

Tous les adultes peuvent en vérité avoir accès à la position d’enseignant, sympathiques, bosseurs, impliqués, dévoués, créatifs, expérimentés, etc. Mais aussi, immatures, psychotiques, déjantés, pingres, salauds, cupides, fainéants, hermétiques, isolés, agressifs, etc. Au fond le corps est à l’image de la population : c’est n’importe qui (ayant eu le bac +2, un master), et donc n’importe quoi au plan social, idéologique, comportemental et finalement pédagogique.

Tous les métiers sont contraints, organisés, évalués, et sanctionnés, sauf l’enseignement, le management et la plupart des activités libérales. Etre prof aujourd’hui, comme avant-hier, c’est comme je veux !

Et rien pour les cadrer ! Le ministère, la machinerie, les inspecteurs, tous sont issus de la même mouvance, trempés dans les mêmes modèles institutionnels et conceptuels obsolètes et avec eux les infrastructures de l’enseignement et les programmes.
Certains dirigeants, cadres ou enseignants sont parvenus à prendre de la distance, mais ils restent impuissants à faire bouger le mammouth. Ceux-là ont trouvé et acté leur propre formation, ils ont lu, cherché, se sont remis en cause. Ils sont bien seuls. Heureusement qu’ils sont là pour sauver la mise, quoiqu’ils servent de caution aux autres malgré eux.
Ils ont probablement également remis en question les « enseignements » initiaux qu’ils ont reçus. Quand on voit l’état des lieux, on se demande par qui et comment les enseignants ont été formés au job ! La question invite à poursuivre l’adage pour voir s’il s’applique ici.

On l’a vu : ceux qui ne savent pas faire enseignent.  Et ceux qui ne savent pas enseigner ? Ils forment les enseignants ? En tous cas, le résultat est lamentable.

Que faire pour résoudre efficacement le problème ?

  • Il conviendrait tout d’abord de ne plus recruter que des adultes ayant déjà cinq ou six ans d’expérience professionnelle dans un autre monde que l’école ou l’université.
  • Il serait également profitable de les renvoyer régulièrement à d’autres activités.
  • Il faudrait également les sélectionner sur critères de profil social et relationnel, d’engagement professionnel, de capacités cognitives.
  • Il serait indispensable de les former en profondeur aux fondements des pratiques pédagogiques les plus ambitieuses et les plus pragmatiques, dans des cursus qui en seraient eux-mêmes les meilleurs exemples ; en ne conservant que ceux qui auraient fait leurs preuves. Et poursuivre par une formation continue consistante.
  • Ils devraient être guidés au quotidien par un référentiel opérationnel des pratiques, conduites et comportements attendus (voir l’article sur les ENP).
  • Il devrait être mis en place, en regard du référentiel, un dispositif régulier d’évaluation factuelle, partagée, auquel ils contribueraient ainsi que leur hiérarchie, leurs élèves, les parents, selon des grilles spécifiques.

On peut rêver ! De toute façon, aucune évolution ne sera possible tant que l’organisation de l’enseignement sera dépendante des deux lobbies (syndical et réactionnaire) qui lui maintiennent la tête sous l’eau et sont objectivement d’accord (quoiqu’ils en disent) pour ne rien changer à une idéologie pédagogique fondée sur la survalorisation de la personne du maître.
Les uns défendant pied à pied des privilèges de confort et d’avantages extravagants (dénoncés par les autres) sous prétexte d’une pédagogie avancée dont ils ignorent le B A BA. Les autres, réclamant à grand cris le retour aux valeurs Pétainistes d’obéissance aveugle, où l’élève-enfant est traité comme un sous-être.

A faire obstinément, de conserve, toujours plus de la même chose, ils conduisent ensemble la Nation, et ses enfants, dans une ornière inextricable. Entre les deux, d’un régime à l’autre, le ministère balance et l’administration rhabille alternativement le même guignol de couleurs opposées.

Ce faisant PISA  nous montre la triste réalité et le monde rit de cette France arrogante qui dépèce sa jeunesse sur l’hôtel des intérêts catégoriels et politiciens.

 

7 réponses à PISA : l’école malade de ses mauvais profs

  • Enfin… un article de fond présentant une autre approche de la problématique de l’enseignement en France. Quand arrêterons-nous de nous voiler la face. PISA aura eu au moins le mérite d’enrichir le débat. Merci pour cette contribution.

  • Bravo quel pertinent Brûlot, l’institution et l’enseignement sont encadrés pour l’hiver ! Mais a qui profite ce crime?
    Si la mal-bouffe fabrique par moulage de la sauce sans saveur, il serait prudent de tenter le changement des méthodes aux cuisines plutôt que le jus du court bouillon.
    Voici (bientôt) le nouveau monde de la planète Internet, le mammouth sera face à l’évolution soit s’adapter et survivre, soit disparaître et on ne le regrettera pas.
    Une pensée s’envole vers le grand Jacques fustigeant le LATIN, il y a 50 ans:
    Rosa rosa rosam / Rosae rosae rosa / Rosae rosae rosas /Rosarum rosis rosis
    C´est le plus vieux tango du monde, Celui que les têtes blondes, Ânonnent comme une ronde,
    En apprenant leur latin … /…
    Il y a quand même aujourd’hui quelques progrès sensibles.

  • Il ne faut pas confondre “programmes scolaires” et “travail fourni par les professeurs”. Sur le 1er plan, il est évident qu’il y a de très nombreuses choses à revoir, et il est évident aussi que certains points de ces programmes ne servent qu’à dégoûter les élèves sans leur servir.
    Mais attention aux jugements caricaturaux qui attisent les haines et reposent sur l’ignorance. Il y a des professeurs qui bossent leurs cours, et ce n’est pas “45 mn au plus pour les plus consciencieux”. On est très très loin du compte. Je suis prof moi-même – en lycée, en français – et pour une heure de cours/élève, c’est au minimum 2heures de cours en amont. Ajoutez à cela les corrections, la tenue du cahier de texte en ligne, les préparations des cours de soutien, les rendez-vous avec les élèves demandeurs, les préparations de projet, les conseils de classe… Ces choses ne sont pas aussi ponctuelles qu’on aimerait le croire.
    Les “4mois de vacances”, attention aussi. J’ai pour ma part un bon et nécessaire mois de vacances, du 10 juillet au 15 août, c’est un fait. Le reste du temps, les autres vacances scolaires, sont passées à la préparation des cours des semaines à venir. (Lectures prévisionnelles, montage des séquences).
    Je suis jeune, j’aime mon travail, j’aime mes élèves, mais je me demande souvent si, au prix du sacrifice de la (ma) vie personnelle que cela implique, je pourrai tenir longtemps dans ce métier.
    Je crois qu’il faut se méfier des préjugés : beaucoup de mes collègues sont investis et cherchent des moyens pour rendre leurs cours attractifs et variés.

    • Bonjour “Ligeia”
      je n’ai rien à redire à ce commentaire. Vous avez sûrement raison pour ce qui vous concerne. C’est bien pour ça que j’avais pris la précaution de titrer sur les “mauvais” profs. Si tous les profs pouvaient être comme vous…
      Effectivement, une phrase était mal tournée lorsque j’évoquais les 45 minutes je ne pensais qu’à la correction. Je vais la corriger.
      Vous évitez cependant soigneusement d’aborder le fond de mon propos : les mauvais existent bel et bien. Qu’en faites-vous ? Qu’en dite-vous ? Ah l’esprit de corps ! Quand vous laissez entendre que ma description (qui ne concerne que les mauvais) est une caricature, vous fusionnez les uns et les autres dans une drôle de pirouette fondée sur un non-dit. Est-elle destinée à les dédouaner? C’est drôle comme les mauvais parviennent TOUJOURS à se cacher derrière des bons qui acceptent sans frémir de leur servir de paravent. Chacun sa classe ? Bizarrement c’est un bon qui me répond, apparemment au nom de tous, en faisant comme si je n’avais pas fait de distinction.
      Allez, un peu de courage que diable ! Si vous voulez qu’on vous identifie (ceux qui bossent), faites le ménage ! Comment pouvez-vous simultanément concevoir votre mission sur un sens aigu du devoir et feindre d’ignorer que vos collègues gâchent obstinément leurs élèves, de l’autre côté de la cloison, dans le plus total mépris des valeurs qui vous animent ?
      Mon brûlot devrait plutôt vous ravir et vous servir d’appui pour faire-savoir ce qu personne n’ose dire tout haut dans votre respectable corporation.
      Daniel

  • Bonjour,
    Il est vrai qu’à lecture de l’article, on oublie vite que vous ciblez “les mauvais profs”, à cause des formules généralisantes du type “les enseignants”. C’est cet amalgame que je trouve dangereux.
    Alors s’il s’agit des mauvais profs uniquement… Oui, bien sûr, il y a des mauvais profs. Je ne cherche pas à le nier : ils existent et font du tort aux élèves, à la profession. C’est certain. Mais croyez-moi : jusqu’à présent, j’ai vu bien plus de profs investis que détachés, et heureusement. Peu nombreux sont ceux qui souhaitent “disqualifier” leurs élèves, ou qui les “infantilisent”. Oui, ils existent, mais nuançons.
    Quant aux propositions que vous faites pour sélectionner davantage les profs, il faut savoir que depuis peu, l’accent est mis sur la pratique avant le passage du concours. Durant 3 années, parallèlement à ses études, le futur prof est régulièrement en classe, sous la tutelle d’un prof confirmé. Ce qui doit normalement lui permettre de prendre une vraie mesure du métier, et s’interroger sur son envie/sa capacité à le tenir (interrogation fondamentale).
    Vous dites que les profs ne cessent de revendiquer un manque de “moyens”. Il y a quand même sur ce point une vraie difficulté, ce sont les classes (de lycée) à 38 élèves (c’est actuellement le nombre maximal). Dans cette situation, malgré la meilleure volonté du monde (des profs et des élèves), il est compliqué d’aider correctement celui qui le demande, et dès lors on voit que l’école peut reproduire les inégalités sociales/culturelles (et c’est immensément regrettable). Sur ce point, il y a une vraie lutte à mener.
    Une chose qui n’apparaît pas dans l’article, par ailleurs, c’est la question de la reconnaissance. Les professeurs dans leur ensemble sont très souvent dévalorisés (“toujours en vacances ou en grève”, “18h de cours pas semaine” etc etc.,…), parce que l’opinion publique ignore les vrais chiffres. Trop de gens pensent qu’un prof se présente devant ses élèves avec un manuel de “prêt à penser”, “de prêt à l’emploi”. Comme je le disais, c’est pour beaucoup d’entre eux faux, et c’est cette réalité qu’il faut aussi connaître.

  • Il y a de mauvais profs comme de bons , votre article n’apporte aucune note positive, tiens et pour vous, c’etst quoi un bon prof! <;

    <<<<<<<<nb <il faut adapter les pgrms et ca vous n'avez pas compris

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