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Les développements différenciés des personnes des deux sexes contribuent aux phénomènes poussant les unes vers la soumission et les autres vers la domination. Les plis pris depuis la plus tendre enfance sont déterminants.

Ressorts éducatifs de l’orientation individuelle et sociale

Avant qu’il s’éveille à la conscience du monde, l’enfant est initié à des différenciations extrêmes entre les individus selon leurs catégories et leurs caractéristiques particulières.

Dès ses premiers pas, un petit garçon dispose de privilèges vis-à-vis des filles. Pour lui, c’est dans la nature des choses puisque c’est mis en œuvre par les parents. Il peut courir, se salir, crier, menacer, paresser… Plus que les filles, qui, doivent rester plutôt tranquilles, il peut s’opposer, exiger, batailler.

Atteignant l’âge où ils peuvent contribuer à la vie collective, les garçons sont, comme leurs pères, exemptés des tâches ménagères. Ce sont pour eux « naturellement » des travaux de mères et de filles. Les mâles ont des choses plus importantes à faire (jouer, donner des ordres, consommer, contrôler les filles…).

L’un est servi, l’autre est servante. A dix-sept ans, ce garçon se fend parfois de quelques heures de utiles mais s’occupe d’abord de lui-même. Devenu adulte, comment peut-il découvrir l’égalité ?

L’égocentrisme dictateur (et cossard) est le fruit d’une éducation sélective. On apprend l’iniquité entre les sexes avec la marche et le langage.

Laurie Laufer et Florence Rochefort, Qu’est-ce que le genre ? La construction de l’identité sexuée, P75 et 76. Payot &Rivages 2014.

Dans certaines familles et certaines cultures, le phénomène s’étend à tous les critères de discrimination : sexe, âge, couleur de peau, origine, religion, fortune, lieu de naissance, hiérarchie familiale, apparence physique, force musculaire, réussite scolaire, métier, préférence parentale, look des fréquentations, orientation sexuelle…

L’enfant apprend ainsi que ses appartenances catégorielles déterminent à la fois sa valeur intrinsèque et ses droits, souvent au détriment des tiers.

La ségrégation est normale, inévitable, évidente, nécessaire. Elle structure l’idéologie, la pensée, les postures et les comportements. Mieux vaut être du bon côté.
Son imprégnation est d’autant plus puissante, ineffaçable, qu’elle porte sur un plus grand nombre de critères.

Un enfant à qui l’on prêche le rejet du racisme, un égal respect pour tous les niveaux sociaux et toutes les apparences physiques, est plus logiquement amené à réviser la pertinence d’une iniquité selon le sexe.

Gavés des avantages d’un empilement de ségrégations, les bénéficiaires résistent à toute forme de recadrages et s’enfoncent dans des certitudes indélébiles.

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