« Gribouille est un personnage populaire qui se jette à l’eau par peur de la pluie » nous dit Wikipédia. L’errance stratégique consiste à se mettre dans des situations inextricables, dont les effets sont pires que ceux des évènements qu’on souhaite éviter.
S’il en faillait un modèle, le meilleur serait la conduite de la chose publique par nos actuels gouvernants. La réforme territoriale, l’écotaxe, ne sont pas des gribouillages isolés. Sur la quasi-totalité des sujets abordés, l’état donne l’exemple d’une mauvaise danse échevelée  et chaotique où la cacophonie le dispute à la précipitation.

Considérations tacticiennes et bricolage politique

Par essence la stratégie est une construction, un moyen structurant d’atteindre des objectifs prédéterminés, une composition cohérente de principes d’action. Normalement, elle tient lieu de règle de conduite. Son efficacité potentielle est intimement liée au respect de sa substance comme de ses formes. Autrement dit, la réalisation des buts exige qu’on s’y tienne d’un bout à l’autre. Sans faillir. C’est un pari qui ne peut réussir sans constance.
Or, nos gouvernants font tout le contraire. C’est désormais leur mode de « pilotage » favori, presqu’institutionnel : balancer tous azimuts d’énormes pavés tout en reniflant les humeurs du temps, faire semblant d’avoir le dos rond et céder très vite à ceux qui crient le plus fort dans le camp adverse. Les concessions portent alors sur tous les terrains, dans le plus grand désordre : la forme, le discours, le contenu, les limites, les modalités ; jusqu’à faire des abandons complets.
La conception de chaque dossier est élaborée dans l’urgence,  sans étude actualisée, sans préparation et presque sans concertation. Pire, elle est initiée au coup par coup par des considérations tacticiennes et démagogiques, en réaction à l’actualité de surface.
L’origine du déclenchement des actions tient à une appréciation anecdotique de ce qui pourrait, à tel moment, décorer utilement un sapin dont les lumières défaillent et les branches se dépouillent horriblement.
Certes des sous-directions des services de l’Etat planchent parfois sur ces dossiers depuis des mois, ou même des années. A la demande des ministres les cabinets ministériels y picorent à la-va-vite , pour en extraire une sorte de gloubi-boulga, souvent expurgé de sa substance principale et des conditions de mise en œuvre.
C’est le règne de la bidouille, du bricolage, du rafistolage, du tripatouillage et de la fuite en avant. La stratégie étant normalement au service de la politique, on pourrait déduire de ce fonctionnement d’une extrême fébrilité qu’il est logique car il n’y a plus de politique réelle pour le sous-tendre. Mais, bizarrement, il y en a une. Le problème réside dans le retournement d’opinion et de posture fondamentale de l’équipe au pouvoir.
Est-elle grisée par les délices d’une libération idéologique (dire enfin tout haut ce qu’on pensait tout bas depuis longtemps) de tabous jusque-là intouchables ? A-t-elle eu une révélation sous la pression éducative et sociétale de sa formation originelle, commune à celle de ses soi-disant adversaires ? En tous cas, le prétexte de la résolution de la crise en a été l’opportunité.
Elle suit bien un nouveau fil rouge, dont on peut se réjouir ou se plaindre, celui de la concession mitigée aux sirènes du libéralisme triomphant. Il inspire le fond des choix des hésitations, comme des divagations,

Bulle élitiste

S’ils se prennent très au sérieux dans leur nouveau costume, du pur point de vue des lois de la bonne gouvernance, nos décideurs se comportent comme des gamins irresponsables et inconséquents. N’ayant plus confiance dans l’intelligence de leur propre population de soutien, ils livrent les clés de la conception politique à des technocrates, qu’ils partagent avec leurs ennemis désignés, après avoir partagé les bancs des mêmes écoles. Tous ont les mêmes fichiers système dans leurs disques mous.
Ces dirigeants versatiles sont mentalement incarcérés dans un univers réduit aux médias, aux sondages, aux lobbies, aux cris d’orfraies de leurs ennemis, aux technocrates et aux dirigeants des autres pays. Pour s’épancher il leur reste leurs conseillers et leurs « proches ». Des seconds couteaux de leurs partis, choisis pour avoir su su leur entendre à leur patron ce qu’ils avait envie d’entendre, ou parce qu’ils présentent bien (croit-on) dans la liste des invités au banquet.
Malheureusement les racines idéologiques et les ressorts conceptuels qui règnent dans cette bulle éminemment autiste, sont inhérents à un milieu natif, autarcique, élitiste. La plupart de nos gouvernants n’ont jamais pris de distance vis-à-vis de cette coterie initiatique, quel que soit leur bord. Les autres, venus d’ailleurs, n’ayant eu de cesse de pénétrer ce monde merveilleux et d’accéder au trône, ont encore moins de recul.

Inepties

Infatués par leur pouvoir, imbus d’eux-mêmes et saturés du complexe de dominance stratégique, ils n’imaginent pas un instant que leurs idées puissent être des bêtises, de pauvres abstractions issues d’une pensée parfois médiocre, de ridicules et ineptes échafaudages, des projections incongrues et foncièrement inefficaces.

Pourtant l’histoire a imperturbablement démontré que presque tous les «politiques» ont à un moment ou un autre produit d’insondables conneries et/ou se sont lamentablement ramassés. Certains en tirent les leçons mais ils sont rares. Evidemment, ils sont pas forcément choisis par les électeurs…
Les plus mauvais s’obstinent, attribuant leurs échecs à leurs prédécesseurs, au public, aux médias, à la conjoncture, à leurs précédents collaborateurs et conseils, continuant à produire de la pire façon toujours plus de nouveaux dispositifs à l’arraché-jeté.
Ils en pondent à tour de bras, par nécessité, comme les éditeurs pondent des titres aux contenus navrants, car il faut exister sur tel sujet d’actualité, d’autant que la maison prend l’eau de toutes parts.
Retoqués par les institutions de contrôle, par les populations concernées, par la réalité sociale et économique, par les commentateurs, par la viabilité et le pragmatisme, illisibles et inapplicables, les nouvelles dispositions partent rapidement en capilotade. Elles sont vite chiffonnées et disqualifiées.

Degré zéro de la stratégie

La déconfiture est inévitable; Aucun des ressorts élémentaires du déploiement de projet n’est maîtrisé dans la conduite des dossiers. Pas de stratégie de conception, ni de validation, ni d’implication des acteurs ou des contributeurs concernés, ni de financement réel, ni de ressourcement, ni de gestion des moyens, ni de communication, ni de mise en œuvre, ni d’évaluation ! Tous ces dispositifs sont conçus comme des objets papier, devant automatiquement produire leur effet parce que créés par de prétendus experts, politiques, techniciens et bureaucrates.
D’emblée, ces montages souffrent de deux défauts irréductibles :

  • ils ont été pensés et taillés non en fonction de leur efficience objective future, mais d’abord en fonction de ce qu’on croit audible, défendable en apparence, électoralement correct pour l’échéance suivante et facilement dégradable en cas de besoin.
  • démagogiques, ils ignorent les paramètres de la faisabilité, de l’intégration au réel, les contraintes sociales, matérielles, organiques, temporelles, les capacités financières effectives des acteurs…

Dès l’origine ces projets sont profondément pervertis par la précipitation, par un déficit de courage et de pertinence. Ce sont plutôt des instruments d’affichage qui privilégient les croyances univoques à court terme de décideurs obnubilés par leur pérennité ou l’ambition de leur future position.
Dès leur lancement, leurs auteurs s’égarent dans des revirements aussi surprenants qu’incohérents au nom du pragmatisme ! Mais quoi, ne pouvait-on se rendre compte plus tôt que la chose ne tenait pas la route ou aurait des conséquences fâcheuses ? Quelle gabegie !
A force de reproduire ce mode de fonctionnement, il s’accélère et empire. A la fin (c’est-à-dire maintenant), le grand donneur d’ordre s’exprime à simple coup de formule magique.

Une locution en 27 signes (espaces compris) tient lieu tout à la fois d’injonction, de politique, d’objectif, de contenu et de méthode. Le cabinet du ministre ciblé doit se débrouiller avec ça et ficeler un projet présentable sous huitaine qui fera les choux gras de médias goguenards.

Les Pieds Nickelés 

Le plus drôle, si on peut dire, est que cet empressement n’empêche pas l’ébullition spontanée des déclarations les plus contradictoires et les plus saugrenues issues… du microcosme gouvernemental. Ce tintamarre est tellement inconvenant que certains jours la lecture de la presse ressemble à celle d’un ancien album des « Pieds Nickelés ».
Ce serait désopilant et/ou désolant, si ce n’était trivialement scandaleux. Le pire exemple de pagaille est asséné au plus haut niveau de la gouvernance d’un des plus prestigieuses nations du monde. Les rodomontades, voire les tocades de certains ministres sont proprement effarantes ! On a envie de dire « mais que fait la police ? ».
C’est sûr, parvenus aux commandes suprêmes, les assoiffés du pouvoir, ne deviennent pas spontanément compétents. De toute évidence, certains parmi les plus capés ignorent (et méprisent) le B.A.BA  des règles de la bonne gouvernance.
D’autres ont appris. Il est facile de les reconnaître. Ils gouvernent, et réussissent, dans la discrétion, sans éprouver le besoin de qualifier et de particulariser leur mode de gouvernance, impliquant (vraiment) leurs adversaires, respectant tout le monde et partageant énormément en amont. Constants dans leurs choix, leurs stratégies sont lisibles et s’avèrent efficaces. Ils sont rares.

Le stimulus en guise de pensée

De nombreux politiques ont en commun de confondre stratégie, tactique et réaction au coup par coup. La tactique correspond au choix d’un procédé en réponse à une variation évènementielle, ou destiné à faire un « coup » dans une situation circonstanciée. La stratégie, exigeant de la continuité, ne peut être inventée sur le pouce !
Sa pertinence dépend pour l’essentiel :

  • d’un engagement volontariste dans une politique originale, raisonnée et stabilisée,
  • d’une forte anticipation découlant d’une étude pragmatique et approfondie de la situation et de sa tectonique,
  • d’une compétence spécifique dans l’ingénierie stratégique fondée sur l’expérience, la capacité à se remettre en question et l’exploitation des intelligences associées.

Autant dire qu’on est loin du compte avec certains politiciens qui marchent « au pif », aux sifflets ou aux applaudissements, à la posture de façade, aux recettes populistes, aux petites phrases, aux jeux de mots, à la formule manipulatrice en guise d’action. Ils n’ont même pas de « tactique », ils fonctionnent au stimulus, au bruit des mots, aux impressions qu’ils veulent réparer ou  laisser. Pour eux l’exercice de la politique est une sorte d’immense jeu de pure communication.

Pédagogie fourre-tout

Oui, ils nous prennent pour des c… ça n’a rien de nouveau. Le plus ahurissant est qu’ils croient nous rouler dans la farine ! Et s’étonnent ensuite de se faire débarquer. Leur grand truc est de se reprocher de n’avoir pas assez fait de «pédagogie», quand ils ont pris une veste ou qu’ils ne parviennent pas à faire avaler l’un de ces programmes boiteux, lacunaires et indigestes, .
La belle entourloupe que voilà ! Message induit : la chose était excellente, ce public mécréant et ignare n’a pas compris. Il aurait fallu lui expliquer plus pour l’en convaincre… en l’infantilisant davantage ? Le prince sait bien mieux qu’elles ce qui est bon pour ses ouailles, il a pour ce faire une cour pléthorique d’experts à ses pieds.  Mais bon, il n’a pas su choisir la bonne cuiller pour leur donner la becquée. Pourtant c’était si bon.

La pédagogie a bon dos. Elle permet à bon compte de faire l’économie des accusations d’incurie, d’impertinence, de négligence, d’incompétence, d’ineptie…

La crise a bon dos également, la méchante, la fautive, cause de tous nos maux. L’irresponsabilité est au poste de commandement. Les résultats empirant, l’agitation augmente. On fait toujours plus de ce qui ne marche pas tout en recherchant des expédients, on change les têtes subalternes. On veut aller plus vite et dans cette compulsion frénétique, on met la pression tous azimuts.

Politique de management, quésaco ? 

Comme dans les entreprises en perdition, qui ne savent plus gagner, le réflexe salvateur est de réduire drastiquement les dépenses. Les plus visibles et les plus faciles à traquer. Malheureusement ce sont souvent les moyens opérationnels, directs ou indirects, ceux qui permettent de générer la valeur ajoutée, qui sont amputés. Les coûts fonctionnels improductifs abusifs sont intimement liés aux structures, en symbiose étroite avec les intérêts particuliers des apparatchiks et avec l’usage régalien que les dirigeants ont de la machinerie.
Pour exemple, on peut considérer que le management (corpus, processus et praxis) est globalement médiocre et source de gâchis dommageable dans les entreprises. Il est dans un état catastrophique, voire toxique, dans les services de l’Etat et des grandes collectivités territoriales.

A elle seule, la quasi nullité du management pèse probablement près du quart de la sous-exploitation des moyens publics. Des milliards en gisement…

Au sommet de ce tas de cailloux parasites, le fonctionnement délétère des cabinets ministériels qui provoque un taux de distorsions exorbitant dans le déploiement de l’action publique.
Mais on ne touche pas au management dans la fonction publique. C’est à peine si on effleure le problème de temps en temps par des actions de formation ponctuelles, au ras des pâquerettes, anecdotiques, pour le moins convenues. Que les entreprises, isolément, n’aient pas de politique de management, on peut le comprendre, mais l’Etat !? C’est surréaliste !
Il en est de même de la productivité et de la culture de service public, qui sont totalement délaissées.

Versatilité génétique.

Mais il y a pire encore. La versatilité en politique est en quelque sorte génétique. Elle est la norme, le pendant du phénomène d’alternance. Nouvel élu, il convient de défaire les actions emblématiques d’un prédécesseur opposé. Opposant, il convient d’empêcher par tous les moyens toute réussite de l’élu en place. L’alternance est d’abord un processus de destruction réciproque. On ne se « bat » pas pour la réussite de la nation ou du territoire mais pour l’échec de l’adversaire, quitte à sacrifier l’intérêt général.
C’est une danse infernale permanente, frisant l’imbécilité intégriste, malheureusement convenue et soutenue par les extrémistes de tous bords. Elle est dévastatrice car elle déborde le simple jeu des partis. Elle s’exerce encore plus puissamment au niveau individuel.
Le nouvel arrivant à un poste de responsabilité doit mettre sa griffe, montrer ce qu’il sait faire en démontant l’existant. A ce jeu, les dispositifs efficaces finissent presque tous à la poubelle. Il y a toujours un imbécile pour les casser. La preuve en est que si une dizaine de décideurs se succède au même poste, on pourra y observer une bonne demi-douzaine d’organisations différentes, voire divergentes. Il est très fort probable que sur les six, quatre seront inadaptées.
L’incompétence politique, stratégique et organisationnelle est largement partagée. C’est logique : l’immense majorité des décideurs n’a pas été formée dans ces disciplines, surtout pas les élus. On me dira que les dirigeants issus des grandes écoles  institutionnelles et commerciales l’ont été. C’est à voir. On leur a surtout enseigné l’élitisme, la pirouette communicationnelle, le discours, la finance du point de vue libéral, la supervision hautaine des pilotages, la supériorité technologique et intellectuelle, le réseautage, pas la conduite du changement réel.
Parvenus au pouvoir, ils s’empressent de s’entourer des copains de longue date (évidemment plus compétents !) en débarquant les collaborateurs en place, surtout les plus efficaces pouvant leur faire de l’ombre. Dans des périodes passées, la stabilité des fonctionnaires, malgré les changements de régime, assurait une sorte de continuité  a minima des dispositifs publics.

Les deux derniers mandats présidentiels ont accentué l’acharnement à l’épuration politique généralisée, entraînant un creusement toujours plus vif des fractures dans l’action.  

Presque partout, les nouveaux responsables ont un besoin enfantin d’exister. Il leur faut marquer leur territoire de petits mots choisis, de leur faconde spéciale ou de leurs appétences, comme les loups font pipi quotidiennement aux quatre coins de leur territoire.

Casse récurrente

S’ils ne refaisaient que la déco, ce serait agaçant et ridicule, mais ils se piquent de refaire brutalement les murs, les structures, les équipes en étouffant les projets qui commençaient à produire des effets, en rasant les cultures et les dynamiques de travail vivantes, en excluant les compétences avérées.

La prévalence de la teinture politique, associée au copinage particulier, balayent de conserve tout autre critère de casting, d’orientation, de conception, et de programmation. Toujours au nom de l’intérêt public !

L’appartenance à la « bonne » obédience et l’habileté intellectuelle ne garantissent nullement l’intelligence politique et stratégique. Au regard de l’histoire présente et future, il sévit aujourd’hui très probablement quelques très brillants crétins (de tous côtés) dont les œuvres publiques se révéleront plus tard atrocement délétères.
Cette casse récurrente et obstinée coûte des fortunes et interdit le progrès. Toute stratégie dont la durée dépasse un mandat ou une affectation est donc irrémédiablement condamnée.
En somme si quelques politiques ont un usage partiel de la stratégie pour leur propre ascension, leur positionnement, leur image, en général ils n’en ont guère pour le développement des entités qu’on leur confie. Ils nous abreuvent de discours sur les lendemains qui chantent mais n’ont aucune représentation concrète des processus permettant d’assurer l’efficacité des changements nécessaires.

Ingénierie bureaucratique 

Ils se contentent de faire fabriquer de la loi, des règlements, des figures administratives. Ceux-ci sont censés produire par eux-mêmes les effets attendus. Leur inscription dans le marbre, le fait accompli, leur imposition au vulgum pecus doivent générer à terme les résultats escomptés.

Finalement, la stratégie n’existe pas en ingénierie politique. La production de dispositif réglementaire fait office de moyen, de méthode, de levier.

Il suffit d’inventer le bon et de bien le vendre pour le faire voter et éviter une émeute. Une fois inscrite dans les tuyaux, l’affaire est supposée pliée. On peut passer à la suivante.
Les mauvais politiciens tirent ainsi des paquets de projets au canon de papier sur un rythme aléatoire. On lance un boulet à grand bruit, propulsé par des moyens hypothétiques. A peine parti, on en enfourne un nouveau en se désintéressant totalement du devenir du premier. Celui-ci lâché en plein vol, on affecte déjà les mêmes moyens au suivant, et ainsi de suite.

Antistratégie du renoncement

Si au moins les décideurs tenaient leur cap pour finir les ouvrages commencés, cela pourrait peut-être produire quelque chose. Malheureusement ils naviguent au gré des vagues d’opinion et de résistance, lâchant du lest à gauche et à droite, démantelant les fondamentaux de leur démarche pour ne pas froisser tel ou tel.
En cédant aux pressions, ils adressent à tous un message induit de faiblesse parfaitement entendu par les lobbies de toutes sortes. En reproduisant les défections, ils excitent les contestations et la sédition.
Puisqu’il suffit de crier fort pour parvenir à faire fléchir l’autorité, crions encore plus fort.  Ça marche ! Le recul répété des gouvernances aiguise les capacités et les conduites de rébellion. L’expérience de sa déstabilisation rend crédible la puissance de l’agressivité contre les décisions.

Parvenu à un certain taux et une certaine fréquence de renoncement, le pouvoir génère contre lui un mouvement automatique de sabotage sur tous les sujets.

Que les accusations soient éventuellement de mauvaise foi, sans fondement, sans matière réelle, il en arrive à se justifier puis à céder systématiquement.
Le discrédit du pouvoir ne porte pas uniquement sur l’échec social et économique qui le dépasse, sur sa très médiocre gestion de la crise, sur son revirement idéologique, il s’étend à la méthode, aux fondements de son autorité. Il s’est disqualifié par ses tâtonnements, ses volte-faces, sa dispersion. Il a beau affecter une figure martiale lorsqu’il s’agit de s’arcbouter sur des coupes sombres dans la seule manne sociale, il se montre totalement perdu dès qu’il sort du crédo simpliste de la rigueur.

Liquéfaction du pouvoir

Quelqu’un avait parlé de «gauche molle» à propos de l’ex futur président. Le pouvoir n’est désormais plus dur ni mou, il est devenu liquide.  Etrangement, il ne tient plus tête qu’aux déçus de son propre camp. La débâcle menaçant d’emporter ses élus lors des prochaines élections, ceux-ci avalent toutes les couleuvres qu’on leur sert  et se tiennent coi pour l’essentiel. Quoiqu’ils ne puissent l’avouer, en continuant à voter des lois et soutenir des positions contre leur nature, ils sont pris dans une tourmente schizophrénique dont ils ne se relèveront pas à court et moyen terme.
C’est leur problème me direz-vous, certes. Le phénomène est cependant édifiant car il a des impacts beaucoup plus profonds; Le délitement de la gouvernance du camp de « la gauche » entraîne nécessairement un discrédit durable de l’idée même de gauche au pouvoir. Il en eut été de même si le camp adverse avait fait la même chose. D’ailleurs, la droite éprouve simultanément les délices d’une autre connotation toxique tenace, due, elle aussi, aux errements de sa gouvernance au pouvoir comme dans l’opposition.

D’un côté comme de l’autre, au nom de la prévalence politique, la masse préfère soutenir son chef en minimisant les pires fautes de gouvernance. Les voix sont rares et ténues pour les disqualifier clairement. Les dirigeants réclament la discipline autour de leurs positions pour sauver ce qui peut encore l’être. C’est une escroquerie : la poursuite de leur inconduite accentue la faillite. En confondant le fond et la méthode, dans le déni de leur propre incurie, ils manipulent leurs partisans et sacrifient leur cause sur l’hôtel de leur ego.

La mauvaise gouvernance coûte, inexorablement, extrêmement cher à l’entité dirigée, aux dirigeants eux-mêmes, aux populations concernées, mais également à l’ensemble du corpus idéologique représenté aux commandes. 

Pathologies de la gouvernance

S’il y a une discipline à imposer c’est celle d’une gouvernance vertueuse et professionnelle. L’effritement des stratégies dans des conduites inconséquentes et erratiques n’est qu’une des pathologies les plus communes de la gouvernance.  Il y en a d’autres, qui, comme celle-ci, mériteraient qu’on remue quelques pulpes du fond ou qu’on botte quelques culs selon les travers présentés par les apprentis sorciers dirigeants qui aspirent aux postes de commandement.

PS : J’entends d’ici  quelques chefs d’entreprise se réjouir de cette volée de bois vert administrée aux politiques d’ex-gauche ayant mal viré leur cuti. Ils ont tort de ricaner sur ce sujet : ils feraient bien de s’appliquer la « discipline », cet ancien martinet destiné à l’auto-flagellation comme pénitence d’une pratique de gouvernance  tout aussi erratique et inconséquente que celle décrite ici, répondant aux mêmes ressorts. Pas sûr qu’ils s’y reconnaissent. Parions que leurs collaborateurs ne s’y tromperont pas.

A lire également autour de ce thème :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ma dernière publication
A lire également
Coups de pied aux cultes du management
Newsletter
* Ce champs est obligatoire