Article champ d’intégration schémas 1

Il est fréquent qu’une personne détentrice de l’autorité essaye de se débrouiller seule face à un nuisible dont elle a la charge. C’est dommage car elle peut probablement prendre appui sur l’ensemble du système et sur le collectif pour en avoir raison.
Cet article fait suite à une série d’extraits de l’ouvrage « Gérer les personnalités difficiles au quotidien ». (Voir les autres articles ci-dessous).

Un nuisible est dépendant du système qui l’héberge et qui doit pouvoir l’exclure.

La maîtrise du nuisible ne concerne pas exclusivement le seul tenant de l’autorité. Le vrai problème se situe entre le nuisible et les autres participants du système. Ils ne peuvent donc pas être exclus du traitement. Ils peuvent être soit une ressource, soit un facteur d’aggravation.
Le nuisible est dépendant de ses propres ressorts et du système dans lequel il évolue (entreprise, famille, institution, etc.). Il lui est  très difficile d’envisager de le quitter. Où, ailleurs, pourrait-il se « caser » ? Il le sait très bien : seul «son»  système peut le tolérer. Il est donc fatal qu’il s’y attache.
Gérer les personnalités difficilesQuand l’oursin a creusé son trou dans une roche, il est bien en peine d’en sortir, et désormais trop gros pour s’insinuer dans un autre trou. Il est lisible et évident avec ses très grosses épines.
L’attachement est donc presque une condamnation pour le nuisible. Il lui est toujours possible de retrouver une autre niche, mais elle sera d’emblée moins confortable, moins sur mesure, plus résistante, plus risquée. Et il faut la trouver !
Le nuisible est parfois convaincu du contraire ; s’il pense qu’il ne peut rien lui arriver, il n’a plus de limites. Il est donc absolument indispensable que l’autorité soit elle-même convaincue qu’elle peut se débarrasser de lui. C’est le seul moyen pour que le nuisible en soit convaincu à son tour.
Le risque d’exclusion est la clé de sa maîtrise. À l’autorité de le lui faire savoir et lui mettre le marché en mains : soit il plie, soit il sort !
Le tenant de l’autorité doit alors supporter l’idée d’exclure quelqu’un. Si pour lui cela est impensable, sa conduite sera oscillante et le nuisible en profitera. Le comportement du détenteur de l’autorité a donc un effet direct sur celui du nuisible.

Niveaux de conduite du tenant de l’autorité vis-à-vis de l’exclusion du nuisible

  1. Le tenant jure au nuisible qu’il ne l’exclura jamais en croyant que cette promesse suffira à l’amadouer ; pour lui prouver sa bonne foi, il renforce ses prérogatives.
  2. Le tenant évite de parler d’exclusion et affirme que ce n’est pas à l’ordre du jour quand quelqu’un en parle. Tant que le nuisible n’a assassiné personne, rien n’est assez grave pour retenir cette hypothèse.
  3. Le tenant parle d’une exclusion possible, mais attend une faute très grave pour passer à l’acte. Il ne met rien en place pour construire une démarche concrète d’exclusion.
  4. Le tenant met en relation le comportement du nuisible et son exclusion automatique. Il fixe des critères précis et est déterminé à les appliquer ; il comptabilise les fautes et les négligences et affiche le degré de risque.

Quand le niveau critique de nuisance est atteint, l’exclusion doit être irrémédiable. Les systèmes qui n’excluent personne attirent et retiennent les nuisibles. Ceux-ci s’y concentrent et y deviennent très puissants.

Ces systèmes sont donc condamnés à les supporter et à les entretenir à vie. C’est le cas de certaines familles dont le tenant est un sauveteur invétéré, qui pense pouvoir changer n’importe qui à force d’amour  et de bienveillance.
La fonction publique en est un autre exemple. Ce système impose malheureusement à tous, à ses tenants, à l’immense majorité de ses fonctionnaires et à ses assujettis, la contrainte exorbitante de subir quelques nuisibles inexpugnables. Cette minorité d’employés et ceux qui la défendent confondent la sécurité de l’emploi avec l’assurance de pouvoir exercer indéfiniment leurs capacités de nuisance en toute impunité et sans répit pour les autres.
Il ne s’agit pas de brandir en permanence la menace de l’exclusion, mais d’en faire une possibilité tout à fait tangible, qui se mette en œuvre d’elle-même selon des mécanismes précis. Ça marche. La preuve en est que lorsqu’un système a trouvé le courage d’une première exclusion, cela calme de façon très significative les autres nuisibles.

Le système peut imposer la totalité de ses normes au nuisible

Quoiqu’il déborde beaucoup, le nuisible respecte quand même de nombreuses règles et se plie à un grand nombre d’obligations. En fait, il n’échappe qu’à une petite partie des contraintes « normales » du système.
Pourquoi s’y plie-t-il ? Ses nuisances sont proportionnelles au risque encouru. Il est toujours à la recherche du meilleur équilibre possible entre sa capacité d’infraction et son obligation à rentrer a minima dans le moule, pour y conserver sa place.
Cela permet de soulever une première remarque intéressante : contrairement à ce qu’il veut nous faire croire, il peut plier de lui-même et avaler quelques sabres sans broncher !
La seconde remarque qu’on peut faire est que cet équilibre vient de lui, en fonction de ce qu’il croit qu’il doit intégrer ou qu’il peut ignorer sans risque. Il cale ses écarts sur ses croyances quant aux risques qu’il court.
Autrement dit, la conduite du tenant de l’autorité permet au nuisible de mesurer et de distinguer les infractions à moindre risque et celles à haut risque pour lui ; il décide ou non de les commettre.
Pour faire cette distinction avec précision, le nuisible dispose de quelques repères de permission très simples, qu’il associe (plus ou moins consciemment) aux réactions du tenant de l’autorité à ses incartades :

  • le tenant s’en accommode, dédramatise, relativise, cherche et évoque arrangement ;
  • le tenant lui en fait le reproche mais ne le réprimande pas sévèrement ;
  • le tenant lui parle sur un ton conciliant, adouci, évite les mots durs et envisage des concessions ;
  • le tenant évoque une sanction sans la mettre en œuvre ;
  • le tenant clôt en espérant que ça ira mieux la prochaine fois ;
  • le tenant ne fait rien, ne dit rien et laisse les autres gérer.

Ainsi, la marge de désobéissance prise par le nuisible est celle qu’on lui accorde. Si on ne lui en accorde aucune, il n’en a aucune. L’homogénéité du comportement de l’autorité est indispensable.

Face aux sabotages, l’erreur à ne pas commettre est d’en tolérer certains et pas d’autres, de différencier les contraintes. Si le tenant concède des parcelles de terrain hors la loi, le nuisible tentera de conquérir d’autres espaces. La loi ne sera plus la loi et le taux de nuisances sera proportionnel à la superficie de terrain gagnée.
Le nuisible nous croit incorruptible seulement si nous ne nous laissons corrompre sur rien.
Face à un nuisible, il n’y a pas de sujet anodin, toute concession est une preuve de sa puissance aux dépens du système.
À l’inverse, une conduite rigoureuse, qui n’épargne aucune inconduite, est en elle-même un message fort qui réduit de façon drastique ses espoirs et ses tentations de délit.
En lui imposant un cadre aussi rigoureux, on fait effectivement monter la tension de son côté. C’est une nécessité, car sans cette tension interne, il se lâche. Certes, elle tend à le rendre plus hargneux, voire à l’amener à « péter un plomb » (ce qui ne serait pas pour nous déplaire en nous donnant là une bonne occasion de le sortir du jeu). Mais c’est un mal nécessaire de résister à ce chantage.

Le nuisible est dépendant des autres : Diviser pour régner

Bien qu’il malmène les autres, le nuisible ne peut pas se passer d’eux. Tous les nuisibles se servent des autres d’une certaine façon. Ils s’en prennent à eux, les agressent, les manipulent, les exploitent, les culpabilisent… mais ils ont besoin d’eux. Ils sont un véritable enjeu.
En effet, le nuisible se sert des autres protagonistes contre le tenant de l’autorité et contre le système.
Il ambitionne que ses pairs, selon un ordre croissant :

  • ne réagissent pas à ses comportements ;
  • les supportent et les acceptent ;
  • restent neutres dans son conflit avec l’autorité ;
  • le justifient ;
  • le soutiennent ;
  • portent son conflit à sa place ;
  • attaquent l’autorité, voire la chassent ;
  • le nomment grand mamamouchi…

Pour cela, il utilise plusieurs moyens classiques :

  • faire partager à son entourage les espaces de permission et de dérive qu’il a pu conquérir ;
  • activer les rejets de toute contrainte, sous-jacents chez les autres ;
  • travailler au corps les plus faibles en étant très proche d’eux et user de moyens démagogiques avec eux ;
  • impliquer tous ceux qu’il peut dans des situations de conflit, de dérapage, de confusion ;
  • contester l’autorité à tout propos en pervertissant ce qu’elle dit, ce qu’elle fait, ce qu’elle pense ;
  • s’en prendre à ceux qui acceptent et soutiennent le système, en sabotant au besoin leurs réalisations ;
  • créer et répandre ragots, rumeurs, médisances, calomnies, fausses nouvelles, etc. ;
  • se servir des instances légales de protection des ressortissants pour s’y cacher et provoquer l’autorité.

Le nuisible manie assez souvent la théorie du complot : l’autorité poursuivrait tel ou tel but caché, contre les ressortissants et à son seul profit.
Il est d’autant plus créatif dans ce domaine que ce sont des intentions qu’il pourrait lui-même concevoir s’il accédait au pouvoir. On a vu ce qu’ont été capables d’inventer quelques très grands nuisibles qui ont su imposer leur dictature.

Rassembler pour rétablir l’ordre par la rigueur et le leadership

En regard, l’autorité a tout intérêt à développer une conscience de groupe solidaire vis-à-vis du nuisible. Elle peut y parvenir en appliquant quelques règles :

  • Traiter absolument tout le monde de la même façon dans l’activité, l’application de la règle et des sanctions.
  • Ne jamais laisser le nuisible s’en prendre à qui que ce soit : l’empêcher et le sanctionner en affirmant clairement qu’on protège les autres.
  • Traiter à la source toutes les situations de conflit potentielles, en y apportant des réponses carrées et claires.
  • En cas de conflit entre un nuisible et un non nuisible, donner toujours tort au nuisible.
  • Être transparent sur ses démarches, ses intentions, ses actes, prendre le temps d’expliquer et d’écouter.
  • Mettre en place des modalités de discipline qui peuvent être animées par tout le monde : ce n’est pas seulement le chef qui fait régner l’ordre.
  • Démonter et analyser en public les comportements de nuisance en les dénonçant comme tels, en réaffirmant le droit, et en présentant de façon explicite les sanctions.
  • La déclaration de réprimande gagne toujours en efficacité à être faite en présence des autres participants. Elle a tout à perdre à se dérouler en privé.

L’observation montre qu’un nuisible isolé dans un groupe, qui fait front contre lui, réduit de lui-même très nettement ses nuisances. Car, s’il craint l’exclusion physique, il craint presque autant l’exclusion affective.
Le collectif est plus puissant que l’autorité, surtout s’il est armé du droit d’exercer la discipline et qu’il est cohérent dans la prise de distance vis-à-vis du nuisible.
Cela dit, une telle cohésion du groupe ne se décrète pas et ne s’impose pas ; elle se conquiert par les voies du leadership.

Un groupe qui reconnaît dans son chef un leader tient à lui, le défend envers et contre tous, y compris les nuisibles.

Le leadership est un crédit de confiance que des personnes accordent à une autre. Ce crédit est tellement important qu’elles tendent à satisfaire ses besoins sans qu’il ait besoin de demander, qu’elles le suivent volontiers dans toutes ses initiatives.
Le leadership est une influence que les autres nous accordent sur eux, qu’ils nous donnent pour les conduire.
Le tenant de l’autorité acquiert du leadership par, entre autres ressources :

  • la qualité de ses comportements ;
  • son courage ;
  • sa transparence ;
  • sa créativité ;
  • sa capacité à s’occuper des autres ;
  • son équité ;
  • sa compétence.
  • sa capacité de prise en compte de son environnement (champ d’intégration étendu).

Malheureusement, le leadership, s’il s’exerce sur presque tout le monde, trouve ses limites avec les nuisibles qui y sont peu sensibles. Ce ne peut donc pas être un moyen direct pour les maîtriser, mais ce peut être un excellent moyen de les canaliser indirectement par la puissance du fait collectif.
En se montrant rigoureux à tous points de vue, le tenant de l’autorité gagne sur tous les tableaux, dans le leadership qu’il acquiert sur le groupe comme dans la confrontation du nuisible. Il gagne aussi dans la maîtrise de ses propres conduites, indispensable pour ne pas se laisser entraîner avec lui sur des terrains hasardeux.

Face au nuisible

Le nuisible nous oblige à resserrer nos propres boulons, pour nous tenir droit et tenir bon. Le maîtriser demande du courage, de l’abnégation, de la constance, de la distance affective, et de l’implication dans la conduite du système.
Il n’existe pas un moyen efficace à lui seul pour venir à bout du nuisible ; mais un faisceau de moyens utilisés de façon cohérente peut donner des résultats satisfaisants.
Pour faire la synthèse des ressources proposées dans cette série d’articles, vous pouvez mesurer l’état probable de vos capacités d’influence sur votre nuisible préféré :

  • Pouvez-vous tout entendre de la part du nuisible sans craquer ?
  • Allez-vous au fond de tout ce qu’il peut avoir à livrer ?
  • Osez-vous tout dire au nuisible ?
  • Êtes-vous certain de ne rien attendre de lui ?
  • Prenez-vous le temps de réfléchir à vos stratégies avant de lui répondre ?
  • Parvenez-vous à résister à la discussion quand vous exprimez votre position ?
  • Êtes-vous radical dans l’expression des réprimandes ?
  • Le nuisible a-t-il réussi à vous faire abandonner vos obligations ?
  • Protégez-vous toujours les autres membres du système ?
  • Osez-vous agir ouvertement sur ses points de sensibilité pour le contraindre ?
  • Oseriez-vous l’exclure si vous en aviez l’occasion ?
  • Lui imposez-vous la totalité de ses obligations sans exception ?
  • Impliquez-vous le collectif pour discipliner le nuisible ?
  • Avez-vous développé votre leadership ?

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